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Full text of "Teodoro Vilardebo 1831 De L Operation De L Anevrysme"

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V 


DE L’OPÉRATION N“ i58. 

DE L’ANÉVRYSME, 

SELON LA MÉTHODE DE BRASDOR , 


Thèse présentée et soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, 
le 26 juillet i83i , pour obtenir le grade de Docteur en 
chirurgie ; 

Par Théodore-Michel-Simon VILARDJLBO , de Montevideo, 
Amérique du Sud ; 



Docteur en médecine de la Faculté de Paris. 


Principium in medicinâ debet esse perspicuum , quod concipi , quod rebus 
medicis , prœsertim observaiionibus et morborum historiis , adplicari potest , 
quo txperieniia certa et minds fallax ejficiatur , quo etiam omnia diff tritia 
enodentur et explicentur. 

Friedericcs Hoffmann, de vero demonstrandi f)rincipio in medicinâ. 


A PARIS, 

DE L’ IMPRIMERIE DE DIDOT LE JEUNE, 

Imprimeur de la Faculté de Médecine, rue des Maçons-Sorbonne, n°. 10. 


1 83 1 . 


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FACULTE DE MEDECINE DE PARIS 


Professeur*. 


M. ORFILA , Doter. 

Anatomie 

Physiologie. • 

Chimie médicale * . 

Physique médicale 

Histoire naturelle médicale 

Pharmacie. . . 

Hygiène.. 

Pathologie chirngicale 

Pathologie medicale 

Pathologie et thérapeutique générales 

Opération* et appareils. 

Thérapeutique et matière médicale 

Médecine légale 

Acconchemens , maladies des femmes en couches et 
des enfans nouveau- nés 


Clinique médicale 


Clinique chirurgicale 


Massncas. 

CRUVEILHI£R, Suppléant. 
BÉRAJRD, EœaShinatewr. 

OR Fil* A. 

PELLETAN, BmmmmmMmr. 
RICHARD. 

DEYEUX. 

DES GENETTES. 

{ MARJOLIN. 

C LOQUET. 

T DUMÊRIL. 

1 ANDRAL, Préridmt. 
BROUSSAIS. 

RICHERAND. 

ALIBERT. 

ADELON, EaoamituUevr. 


( 

I 


MOREAU. 

LEROUX. 

FOUQUIER. 


CHOMEL. 

BOYER. 

DUBOIS. 

DUPUYTREN. 

ROUX. 


Clinique d'accouchemens. 


Professeurs honoraires . 


Massues* 

Baddblocqub. 

Baylb. 

Blahdir. Suppléons . 
Bovillaud. 

Boütibs. 

Bbiqokt. 

Bbokouvabt. 

Cottsbbao. 

Damcs. 

Davamoia. 

Dublbd. 


MM. DE JUSSIEU, LALLEMENT. 
Agrégés en exercice . 

Massuuas 

Dubois. 

Gebdy. 

Gisbst. 

Hatih. 

Lispbauc. 

Mabtix Solos. 

Pioaay, Eeomniumtemr. 
Rochooz. 

Sahdbas. 

T&ovssKAtj, Eammémmtmr. 

Yblpbau. 


Par délibération du 9 décembre 1798 , l’École a arrêté que les opinions émises dans les dis- 
sertations qui lui seront présentées doivent être considérées comme propres à leurs auteurs, 
qu’elle n’entend leur donner ni approbation , ni improbation. 


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VIRO 

BENEVOLE MI A , INTEGRITATE BT PIOBITATB 

CONSPICUO, 

DE MONTEVIDEANIS CIVIBUS 

MER1TISSIMO , 

PRO MÀXIMIS INNUMERISQÜE MUNERIBÜS 
IN DIVERSIS AC DIFFICILLIMIS TEMPORIBUS 
COMAIENDATI9 , 

EISQUE 

EXPERIBNTISSIMÈ AC FEUCISSIMÈ 
PERSOLUTIS , 

EQUITI REGALIS ORDINIS LÜSITANICI 
A CHRI8TO COGNOMINATI, 

Mi chaeli- Antonio YILARDEBO, 

PATRI OPTIMO , 

SUMMA REVERENTIA ET PIBTATE 
IN SERAM ÆTATEM PROSEQUENDO , 

HOCCE SUUM 
QUALECUNQUE SPECIMEN 
INAUGURALE, 

PRO CUNCTIS CHIRURGIÆ 
HONORIBUS AC PRIVILEGIES 
IN MEDICA PARISIORUM FACULTATE 
ADIPISCENDIS, 

ELABORATUM, 

OMNI QUA LICET 
DEVOTIONE ET GRATITUD1NE 
SACRUM ESSE VOLUIT 

8UB JECTISSIMÜ8 FILIÜS, 

Theodorcs-Michàel-Simon YILARDEBO. 


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AVANT-PROPOS. 


Obligé par les dernières dispositions du Gouvernement de 
la République de Montevideo , ma patrie , d'ajouter au titre 
de Docteur en médecine, que m’a déjà conféré l'illustre 
Faculté de Paris , celui de Docteur en chirurgie , afin de 
pouvoir exercer simultanément ces deux branches d’un art 
bienfaisant et précieux à l'humanité, j'ai dû chercher un 
nouveau sujet de dissertation. Depuis long-temps déjà mon 
attention s’était arrêtée sur une division importante et fé- 
conde de la pathologie chirurgicale , l’histoire des ané- 
vrysmes , et jè n'eus pas à hésiter pour consacrer à un point 
de cette histoire le travail auquel je devais me livrer. 

Il me semblait à la fois curieux et surtout utile à la pra- 
tique, de déterminer à volonté et artificiellement des ané- 
vrysmes sur les artères des animaux , afin d’expérimenter 
ensuite le degré d’efficacité des divers procédés opératoires 
qu’on oppose à ces affections dans les situations et les cir- 
constances très -variées qu’elles peuvent présenter : mais 
les tentatives nombreuses auxquelles je me suis livré depuis 
deux ans à ce sujet , et bien que je fusse aidé des conseils 
d’un chirurgien habile, M. Amussat, n’ont eu d’autre résul- 
tat que la reproduction des faits déjà observés par Jean 
Hunier , Everard Home et Antoine Scarpa , qui se livrèrent 
jadis à des essais semblables. 


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Yj 

Je dus donc restreindre mon sujet. La méthode de Bras- 
dor , reproduite récemment par M. Wardrop , tentée dans 
son application par M. le professeur Dupuytrm , et sur les 
avantages de laquelle existent encore des dissidences , frappa 
mes regards. Je crus que ce ne serait pas une chose indigne 
de fixer l’attention des praticiens que de rassembler les. ob- 
servations qüè possède la science sur l’emploi de cette mé- 
thode, que dé les ranger dans un ordre méthodique , et 
d’en déduire des conséquences rigoureuses pour les cas où 
t'ont àutré mode opératoire serait insuffisant. 

J’aUràis vî veulent désiré appuyer les considérations aux- 
quelles je iüe suis livré , par quelques opérations faites sui- 
vant la méthode de Brasdor, sur des animaux dont les grosses 
artèrès eussent été rendues , à dessein , anévrysmatiques ; 
mais, ainsi que je l’ai déjà dit , tous mes efforts pour attein- 
dre Ce but ont été jusqu’à présent inutiles. Peut-être serai-je 
plus heureux par la suite : puissé-je , en attendant , et 
quoique privé de cette ressource de l’expérimentation, n’être 
pas resté trop au-dessous de mon sujet ! 



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DE L'OPÉRATION 


DE L’ÀNÉ YRYSME, 

SELON LA MÉTHODE DE BRASDOR . 


PREMIÈRE PARTIE. 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



JLorsqu’on jette un regard eu arrière sur la marche progressive de fa 
chirurgie, l’esprit est aussitôt frappé des nombreux perfectioDnemens . 
que les praticiens de tous les pays , et notamment ceux de l’Italie , de 
l’Angleterre et de la France , ont apportés à la connaissance théorique 
et au traitement des anévrysmes. Le temps n’est pas encore éloigné où 
les tumeurs anévrysmales de la région poplitée , de la cuisse et de la 
partie supérieure du bras, étaient souvent considérées comme des cas 
d’amputation. Les procédés opératoires généralement employés alors 
ne justifiaient que trop , par leur incertitude hasardeuse , la gravité 
du prognostic qu’on en portait, et ne le cédaient presque pas en 
inconvéniens aux mutilations non moins graves auxquelles on se 


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( « ) 

croyait obligé de recourir. Detehampt et Pelletan lui-même , naguère 
enlevés à la science , ouvraient encore les sacs anévrysmaux , ou en- 
fonçaient en aveugle , au risque de dilacérer les organes voisins et de 
manquer les artères qu’ils voulaient étreindre , des aiguilles sur le 
trajet des vaisseaux qu’il s’agissait de lier. Quoique mise en usage 
durant le siècle précédent , la méthode d 'Arul avait eu besoin des 
efforts de Desaull et de Hunter pour frapper de nouveau l’attention 
et prendre parmi les procédés de l’art la prééminence quelle occupe 
aujourd’hui sans contestation. 

Avant les tentatives aussi hardies que salutaires dont nous avons pres- 
que été les témoins , les cas dans lesquels des ligatures ne semblaient 
pouvoir être placées au-dessus des tumeurs anévrysmales étaient 
nombreux. L’arcade crurale pour le membre inférieur, et la clavicule 
pour le membre thoracique, paraissaient aux chirurgiens les plus 
hardis des limites qu’il eût été téméraire de franchir. Depuis , les 
ligatures de l’iliaque externe et de l’iliaque primitive dans le bassin , 
et celle de la sous-clavière eo dehors ou entre les muscles scalènes , 
ont reculé de beaucoup ces harrières et étendu d’autant la puissance 
bienfaisante de l’art. Mais enfin , il trouve encore des obtacles qu’il 
serait désirable de voir aplanir , et les anévrysmes situés sur l’iliaque 
primitive , sur l’origine de la carotide , sur la naissance de la sous- 
cluvière , sur le tronc brachio-céphalique , sont du nombre de ceux 
qui ne sauraient comporter des ligatures entr’eux et le centre circu- 
latoire. Leur traitement s’est jusqu’ici borné presque exclusivement 
aux moyens dcbilitans intérieurs, aux évacuations sanguines répétées, 
au repos absolu et aux applications réfrigérantes locales. 

Examinons si la chirurgie ne peut effectivement rien contre ces cas 
tellement graves, qu’ils entraînent généralement la mort ; et si les liga- 
tures placées au-dessous des tumeurs^ anévrysmales qui les consti- 
tuent , ainsi que l’avait proposé Brasdor , et que vient de l’exécuter 
W ardrop, ne deviendraient pas un moyen susceptible d’eQ provoquer 
la guérison. C’est à l’étude de cette question et à l’analyse des faits 
qui s’y rattachent que sont consacrées les pages suivantes. 

Je donne à la méthode qui consiste à lier ainsi les artères au-dessous 


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( 7 ) 

des tumeur» anévrysmales le nom de Bratdof, parce que , selon le 
témoignage d’ailleurs si respectable de M. Boyer (i) et celui même de 
Detchampt (a) , ce chirurgien habile fit le premier , dans des leçons 
orales , la proposition d’y avoir recours. Desault (3) reproduisit plus 
tard cette proposition oubliée; Bichal (4) affirme même qu’il conçut 
de prime-abord l’idée sur laquelle elle repose , et qu’il dût à son génie 
de faire valoir, comme je vais essayer de nouveau de le faire , les avan- 
tages quelle peut présenter dans les cas où la ligature , selon la mé- 
thode <XAnelt est impraticable. Mais, malgré les remarques de M. Gu- 
tkrie (5) , qui a sans doute mal interprété les paroles de Deschamps , 
l’invention de la méthode nous semble due à Brasdor, bien qu'il y 
ait à remarquer quelle a moins d’importance aujourd’hui qu’on ne lui 
en attribua dans le siècle dernier, à raison des récentes conquêtes de la 
chirurgie, qui a dépassé de beaucoup les limites assignées jadis à son 
pouvoir par ses plus illustres interprètes. Enfin , Deschamps pratiqua 
publiquement l’opération dont il s’agit , et sa tentative malheureuse 
eut pour effet de la faire proscrire. Les éloges que lui accorda Pelle- 
tan (6) en se fondant sur les argumens de Desault qu’il reproduisit . 
et le conseil dénué de motif que donna M. Maunoir (y) d’y avoir re- 
cours , passèrent inaperçus et demeurèrent sans résultat. 11 faut arri- 
ver à l’époque actuelle pour la voir remettre en honneur en Angle- 
terre par M. JVardrop , et en France par M. le professeur Dupuytren, 
Toutes les fois que, par une ligature serrée, par une compression 
exacte et durable , ou par un travail spontané d’oblitération dont les 


(i) Traité des maladies chirurgicale» et des opérations qui leur conviennent. 
Paris, i85i ; 4’- édit. , t. a. 

(а) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris , t. 5 , n*. 18. 

(3) Œuvres chirurgicales, publiées par Bichat, t. ». 

(4) Ibid. , t i , éloge de Desauit. 

(5) On the diseases and injuries of arteries, vrith the operations required for 
theircure. London, i83o. 

(б) Clinique chirurgicale, t. i , p. i;;4- 

(7) Mém. physiol. et prat. sur l'anévrysme , p. y». 


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( 8 ) 

ouvertures des corps ont démontré l’existence ; toutes les fois , dis-je, 
que , par quelqu’une de ces causes , la circulation est arrêtée dans un 
tronc artériel , le sang arrivé jusqu’à l’obstacle , y perd son mouve- 
ment , se coagule et se transforme en un cône fibrineux , dont la con- 
sistance augmente graduellement. Ce travail se prolonge jusqu’à la 
naissance des branches collatérales immédiatement supérieures. Bien 
loin que le vaisseau se dilate et se laisse distendre entre le point obli- 
téré et les canaux qu’il fournit au-dessus , cette portion , devenue un 
véritable cul-de-sac , revient bientôt sur elle-même , absorbe la partie 
séreuse du sang coagulé qu’elle renferme, s’appliquer sa fibrine , se 
confond avec elle , et se transforme enfin en un cordon plein , peu 
volumineux et de texture fibreuse. La dilatation porte sur les rami- 
fications immédiatement supérieures dans lesquelles le liquide, chassé 
par le cœur, s’engage avec un surcroît de force, et qui sont appelées 
à suppléer le tronc oblitéré pour la nutrition des organes placés 
plus bas. - 

Que si , au lieu d’un vaisseau artériel jouissant de ses propriétés 
normales de structure , il s’agit d’une tumeur anévrysmale plus ou 
moins considérable , des phénomènes absolument semblables à ceux 
que nous venons d’indiquer pourront se manifester. L’anévrysme , en 
effet , représente sur le côté du courant circulatoire une poche , en 
partie tapissée de couches fibrineuses, dans laquelle séjourne et passe 
avec une rapidité variable une quantité plus ou moins considérable 
de sang liquide. Une ligature, une compression exacte et permanente 
appliquée immédiatement au-dessous de cette tumeur, y arrêteront 
certainement tout mouvement progressif ; le sang liquide qui s’y trou- 
vera , n’éprouvant plus d’agitation , sera transformé en un coagulum 
sur lequel viendront graduellement se resserrer les parois anévrys- 
males. La solidification , la diminution de volume , et enfin la dispa- 
rition de la tumeur ou sa transformation en un renflement fibreux 
résistant et compacte , adossé au cordon de mêrfie nature que consti- 
tue l’artère oblitérée elle-même , seront les résultats définitifs de ce 
travail. C’est de cette manière et par l’extension du coagulum déposé 
successivement dans la poche anévrysmale , à mesure que la circula- 


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'■ 9 ■) 

tion devenait plas difficile sür le point qu’elle occupait , que semblent 
s’être opérées quelques guérisons spontanées d’anévrysmes internes 
ou externes, dont 'plusieurs observateurs, et entre autres M. Hodg - 
son ( i) , rapportent des exemples. Ce dernier cite le cas fort curieux 
d’un anévrysme de l’artère sous-clavière , dans lequel ce vaisseau était 
oblitéré au-delà de la tumeur; le sac, placé à l'origine du tronc lui- 
même , était rempli de coagulum lamelleux ; et, bien qu’à raison de 
la largeur de son orifice de communication avec l’artère il fut dans 
des conditions défavorables à la rétention du sang, les parties pré- 
sentaient cependant le même aspect que celui qu’elles eussent offert 
à la suite de la ligature pratiquée selon la méthode de Brasdor. Sir 
Everard Home a également remarqué que quelquefois les sacs anévrys- 
maux sont poussés contre les artères, et que, par la pression qu’ils 
exercent sur elles, ils oblitèrent leur bout inférieur, d’où résulte la 
stagnation du sang dans la cavité anormale et sa guérison. 

Une réflexion se présente toutefois à l’esprit, et a dû pendant long- 
temps empêcher de recourir à la ligature des artères au-delà des 
anévrysmes, ou entre ceux-ci et les vaisseaux capillaires : cest celle 
qui représente la tumeur comme étant alors livrée à toute la force di- 
latante de l’impulsion du cœur, et comme exposée à se déchirer par 
l’effet de son extension illimitée. Mais ce danger, quoique réel, n’est 
point aussi pressant et inévitable qu’il le parait au premier abord : en 
effet , l’effort de l’impulsion circulatoire contre les poches anévrys- 
males ne saurait être qu'instantané ou borné à un temps fort court , 
puisque, par l’effet même de sa coagulation , le sang arrêté dans la 
tumeur ne peut manquer de faire bientôt corps avec elle , d’ajouter à 
sa résistance et de rendre sa rupture plus difficile. Il serait possible 
d’ailleurs de prévenir , jusqu’à un certain point, un accident aussi re- 
doutable, en pratiquant de suffisantes déplétions sanguiues avant l’o- 
pération, en exerçant, immédiatement après favoir pratiquée, une 


(i) A Treatîse on the diseases of arterie» and veins, conta in ing the pathology 
and treatment of aneuritns and woundèd arteries. London, t8i5 

a 


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( 10 ) 

compression douce et soutenue sur la tumeur, enfin en la recouvrant 
de topiques astringens et froids. Ces moyens, convenablement associés, 
pourraient être utiles si Ton avait des doutes sur l'efficacité de la ré- 
sistance que les parois de l'anévrysme , surtout lorsqu'il n'est pas ar- 
rivé à son dernier degré de développement , sont susceptibles d'op- 
poser au sang poussé par les contractions du cœur. 

Jusqu'ici j'ai raisonné dans l’hypothèse qu'aucune branche arté- 
rielle née du tronc malade , soit à la hauteur de l’anévrysme , soit im- 
médiatement au-dessous , entre lui et la ligature qu’on se propose de 
placer, ne viendront entretenir à son voisinage on dans sa cavité la 
moindre trace de mouvement circulatoire. J'ai supposé que, par l'o- 
pération projetée, la tumeur anévrysmale et la partie du vaisseau qui 
la supporte seraient transformées en un véritable impasse, dans le- 
quel le sang viendrait s'arrêter, se coaguler et subir les transforma- 
tions nécessaires pour solidifier et oblitérer les cavités qu'il remplit. 

Ces conditions sont manifestement les plus favorables à la guérison 
spontanée ou artificielle des anévrysmes, selon le mode opératoire 
qui nous occupe. Mais que doit-il arriver lorsque des ramifications 
naissent ou des peints correspondons à la tumeur, ou de la portion 
d'artère située immédiatement au-dessous d’elle (i)? Ce qui a lieu 


( 1 ) Il m’est impossible de ne pas donner quelques explications au sujet des 
branches artérielles qui naissent des sacs anévrysmaux. M. le professeur Bérard , 
dans un travail qui a été inséré dans les Archives générales de médecine (numéro 
de juillet i83o), a lumineusement expliqué comment l’ulcération des mem- 
branes intente et moyenne d*une artère principale, au niveau de la naissance 
d’une ou de plusieurs de ces branches, peut transporter celles-ci , qui ne tiennent 
plus à leur point d'origine que par la tunique celluleuse, sur la tumeur anévrys- 
male elle-même. Mais le sentiment de justice qui l’a porté à relever, en faveur de 
M. Wardrop , une erreur légère commise par un des plus illustres chirurgiens de 
la France, aurait dû l’engager à n’être pas injuste à l’égard d’un autre de ses com- 
patriotes. M. Bérard y après avoir cité les opinions contraires à la sienne, celles 
des observateurs qui considèrent comme perméables tes artères comprises dans 
les parois des auévrysraes , semble , par cela même , s’attribuer la découverte de 


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( “ ) 

dans quelques circonstances où le sang , après l’opération par la mé- 
thode tYAnel, est ramené dans l’anévrysme, peut servir à donner la 
solution de cette question importante. Presque toujours, ainsi quon 
le sait, la ligature pratiquée selon cette méthode intercepte le cours 
du sang, et suffit pour déterminer la coagulation de celui qui remplit 
la tumeur. Mais d’autres fois aussi, surtout lorsqu’il s agit d’ané- 
vrysmes placés près de l’extrémité libre d’un membre, la ligature ap- 
pliquée à quelque distance de la maladie n’y arrête pas complètement 
la circulation, parce que des branches anastomotiques, nées au-des- 
sus du point lié, ramènent le sang entre ce point et la tumeur et ré- 
tablissent le mouvement circulatoire dans cette dernière. 11 est vrai 
que celle impulsion est ordinairement si faible, que non-seulement 
l’accroissement du sac anévrysmal est suspendu , mais encore que de 
nouvelles couches de coagulum se déposent dans sa cavité jusqu’à ce 
qu’elle soit entièrement oblitérée et rendue imperméable. 

Cependant il n’en n’est pas toujours ainsi , et , chez quelques sujets, 
la force du courant anastomotique a été assez grande pour reproduire 
dans l’anévrysme, qui paraissait d’abord en voie de guérison, des 
pulsations considérables, et même pour lui imprimer de nouveau 
uue marche croissante assez rapide , de telle sorte qu’il fallut re- 
courir à des opérations secondaires et lier immédiatement au-dessus 
de lui , ou même successivement au-dessus et au-dessous de la tu- 
meur rebelle et toujours pulsatile qu’il présentait, l’artère qui en 
était affectée. La compression , les réfrigérans et le repos , qui , en 


leur constante oblitération. Nous lisons cependant dans l'excellent article Ané- 
vrysmes des artères extérieures du Dictionnaire de médecine et chirurgie prati- 
ques, dont la récente publication ne pouvait être ignorée de M. Bérard, que ces 
artère» se remplissent, comme les tumeurs elles-mêmes, aux parois desquelles 
elles appartiennent, de caillots fibrineux , s'oblitèrent jusqu'à une distance va- 
riable du sac morbide, et deviennent ainsi imperméables au sang. M. Bérard ne 
peut qu'applaudir au zèle avec lequel je m’empresse , comme lui , de rendre à 
chacun ce qui lui appartient. 


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( 1 * ) 

beaucoup de cas, suffisent pour réprimer les premiers effets de la 
réintroduction du sang dans la tumeur par la voie des anastomoses, 
ne sont pas toujours assez efficaces pour dispenser de ces opéra 
tions nouvelles. Les faits qui démontrent l’exactitude de ces propo- 
sitions sont apportés en assez grand nombre par les observateurs, 
et il est impossible de concevoir le moindre doute sur leur exacti- 
tude. L’observation de M. Charles Bell (i\ qui vit les pulsations d’a- 
bord reproduites dans un anévrysme poplité, s’éteindre et se dissi- 
per complètement ensuite , bien qu’il n’eut lié que l’une des branches 
de la fémorale qui alimentait la tumeur, ne saurait l’infirmer. Dans 
les sciences , les faits ne se contredisent pas , et les exceptions forti- 
fient les règles au lieu de les détruire. Que dans un cas d’anomalie de 
l'artère fémorale , divisée d’abord en deux branches d’égal calibre au - 
dessous de la profonde, et qui se réunissaient au niveau du troisième 
adducteur pour former le tronc popKté anévrysmatique , la ligature 
d’une de ces deux branches n’ait pas , en définitive, empêché la tu- 
meur de se consolider , cela ne démontre pas que* dans d’autres cir- 
constances , le retour trop direct et trop rapide du sang dans le sac 
n'y ait pas entretenu ou reproduit le mouvement circulatoire au point 
de nécessiter des opérations ultérieures pour obtenir la guérison com- 
plète. Le docteur J. Houston (a) , qui a observé un cas d’anomalie 
de l’artère fémorale , absolument semblable à celui que rencontra 
M. Charles Bell, en tire avec raison des conséquences entièrement op- 
posées à celles de ce praticien , relativement aux résultats qu’aurait 
eus, selon toute apparence , la ligature d’une seule des deux branches 
du vaisseau. 

Bien donc que l’on puisse dire avec Sir Everard Home et M. Charles 
Bell, qu’il suffit de diminuer la force de la circulation dans un aué- 
vrysme pour enrayer sa marche et pour procurer sa guérison , cette 

( i) Anderson's Quarterly Journal foroctober 1816. — The principlea of surgery, 
by John Bell, with Commentaries by Charles Bell. London, i8a6, vol. 4» p- 43y- 

(a) Dublin hospital reports and communications in medicine and surgery , 
volume the fourth, page 3» 3. 


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( y 

proposition ne doit être cependant admise qu’avec réserve. Ce que 
les faits indiquent , ce que l'observation démontre t c’est que plus l’ar- 
rêt de la circulation dans la tumeur est complet après l’opération par 
la méthode d 'Ânel 3 et plus la guérison est assurée ; que la persistance 
ou le rétablissement d’un courant sanguin dans l’anévrysme, après cette 
opération, jette de l’incertitude sur le succès, en même temps qu’q 
entrave, qu’il éloigne la terminaison heureuse de la maladie; enfin , 
que si ce courant est considérable et entretenu par des communica- 
tions larges et courtes, il rend la ligature pratiquée absolument inu- 
tile et oblige d’en placer d autres sur des points plus favorables. 

Par une analogie presque aussi puissante qu’une parfaite identité , 
on est porté à appliquer les mêmes raisonnemens et les mêmes con- 
clusions aux oblitérations pratiquées au-dessous des tumeurs ané- 
vrysmales, selon la méthode de Brasdor , remise en honneur par 
M. TV ardrop. Si aucune branche susceptible de continuer la circula- 
tion dans le sac n’existe entre celui-ci et la ligature, les probabilités 
de la guérison sont aussi nombreuses que possible; cette heureuse 
terminaison peut avoir lieu encore , bien que de très-faibles branches 
naissent des environs de l’anévrysme, par l’extension jusqu’à elles du 
coagulum qui remplit successivement ce dernier et le tronc lui-même; 
mais la présence de ramifications considérables, susceptibles de s’op- 
poser à la solidification du sang dans la tumeur , rend évidemment 
l’opération iuutile. 11 y a plus, elle peut devenir alors directement nui- 
sible et accélérer la marche fatale de là maladie au lieu d’entraver ses 
progrès. On conçoit effectivement que si le liquide lancé par le coeur 
trouve au-delà de l'anévrysme une issue étroite, bien que suffisante 
pour l’admettre en certaine proporliou , il exercera pour dilater cette 
issue un effort continuel, dont la tumeur aura sa part , et dont le ré- 
sultat sera la dilatation incessamment accélérée des parois du sac. 

Ce qu’on observe toutes les fois qu’on a essayé de comprimer les 
artères au-dessous des tumeurs anévrysmales confirme pleinement 
l’exactitude de ces réflexions. On se rappelle les tentatives infruc- 
tueuses de Vemet > chirurgien en chef des armées de la Républi- 


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( «4 ) 

que (1) , qui voulut comprimer la fémorale pour un anévrysme de 
l’origine de là crurale , et qui vit la tumeur augmenter bientôt de vo- 
lume. Il est aujourd’hui démontré qu’une compression , si exacte 
qu’elle soit, si prolongée qu’on la suppose, n’intercepte jamais d'une 
manière absolue le cours du sang dans le tronc artériel qu’on soumet 
à son action. Toujours , au contraire, l’impulsion puissante et conti- 
nuelle du liquide lancé par le cœur soulève peu à peu le moyen com- 
pressif et rétablit plus ou moins largement le cours du sang dans le 
canal qu’on s’efforce d’aplatir. Or, un rétablissement imparfait de la 
circulation au-dessous de la tumeur, malgré la compression, ressemble 
sous tous les rapports à la continuation de cette circulation par l’exis- 
tence de branches d’un volume variable entre laligatureet la tumeur 
qu’on se propose d’oblitérer. La théorie est la même dans les deux 
cas , et si la compression a toujours échoué , la ligature , lorsque 
des ramifications persistent entre elle et l’anévrysme , ne doit pas réus- 
sir davantage. 

Les faits observés sur les cadavres confirment merveilleusement 
ces considérations déduites de l’étude des phénomènes pathologiques. 
M. Hodgson (2) rapporte deux cas intéressans, l’un d’oblitération de 
l’artère au-dessous du sac, par l’adhérence de ses parois; l’autre d’oc- 
clusion entière et solide de cette même artère par un coagulum très- 
consistant. Dans le premier cas, il s’agit d’un vieillard qui portait 
depuis long-temps un anévrysme inguinal très-volumineux, et qui 
mourut quatre jours après la ligature de l’iliaque externe, faite pour 
suspendre une hémorrhagie grave , à laquelle avait donné lieu l’ul- 
cération de la poche anévrysmale. Le second fait se rapporte à un 
homme robuste, âgé de vingt-neuf ans, qui avait eu un anévrysme 
poplité du volurtie d’un œuf, et qui succomba à un accident sem- 
blable à celui qui survint chez le sujet précédent , cinquante un jours 
après la ligature de l’artère fémorale. Chez le premier malade, le sang 


(1) Caillot , Essai sur l'anévrysme, thèse soutenue à la Faculté de médecine 
df Paris, l'an 7 de la République ( 1799). 

(s) A Jreatise on the diseases of arteries and veins. 


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( .5 ) 

avait passé à travers le sac anévrysmal pour se rendre dans l'artère 
crurale profonde , qui prenait naissance près de l'extrémité inférieure 
de l'anévrysme; chez lautre, plusieurs artères naissaient du .ac,et sur- 
tout de la portion d’artère comprise entre lui et la ligature*, et à travers 
laquelle la circulation s’était maintenue dans la cavité .L* l'anévrysme. 

Ces résultats de l’observation cadavérique ajoutent un nouveau 
poids à notre théorie; car, si des observations authentiques démon- 
trent que, lorsque nulle artère ne se détache du tronc principal entre 
un anévrysme et l’endroit où l’on place la ligature, la guérison doit 
presque certainement s’opérer ; ces derniers faits ue sauraient laisser 
aucun doute sur l’inutilité des efforts de la nature et de l’art , lorsque 
des branches artérielles naissent entre le point lié et l’anévrysme dont 
on veut provoquer l’oblitératiou. 

Ces principes, fondés sur l’étude la plus approfondie des faits, ont 
été pour la première fois développés avec toute la force et l’étendue 
que iné itait leur importance , en Angleterre par M. Hodgson ( 1 ) , et 
en France par M. le docteur Bégin (a), un des chirurgiens les plus 
distingués du Val-de-Grâce, à Paris. 11 est à remarquer que depuis 
leur manifestation et à mesure qu'ils se sont propagés, les praticiens 
sont devenus moins rigoureux contre la méthode de Brosdor , qui, 
après avoir été condamnée d’une manière absolue (3) , a été graduel- 
lement jugée moins indigne de figurer parmi les ressources les plus 
précieuses de l’art (4). Espérons que ces principes ne trouveront plus 


(i) A Treatise on the diseases of arteries and veins. 

(a) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique», article Anévrysmes 
des artères extérieures . 

(3) Voyez , eu effet, entre autres autehrs : Boyer , Traité des maladies chirur- 
gicales, ta. — R ichcrandy Nosographie chirurgicale, t. 4» p- a4°* Roux : , 
Nouveaux élémens de médeciue opératoire , t. i , p. 563. — Allan Bums , Obser- 
vations on the surgical anatomy ou the headand neck. Glasgow , i8a4> second 
édition , p. 186. — Antonio Searpa , Riflessioni ed osservazioni anatomico-chi- 
rurgiche suit’ aneurisma. Pavia , 1804» in-fol., pag. 77. 

(4) Voyez , parmi les auteurs qui , en s’appuyant sur ces principes, he rejettent 
pas la méthode dont il est question : J.-A.-L. Casamayor, Réflexions et obser- 


# 


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F 


( l5 ) 

de contradicteurs. Ils viennent d’être, en effet, tout récemment en- 
core, proclamés par M. Lawrence , dont les savantes leçons obtiennent 
l’assentiment de l’Europe chirurgicale, et qui les a fortifiés par de 
nouvelles et importantes considérations ( 1 ). 

M. H ardrop ( 2 ) a cependant établi une doctrine presque absolu- 
ment contraire à celle que nous exposons ici , et qui nous semble re- 
poser sur la double autorité des faits et des raisonnemens physiolo- 
giques les plus rigoureux. Selon M. W ardrop , et M. Samuel Coopsr( 3 ) 
partage son opinion , il suffit, pour guérir les tumeurs anévrysmales, 
même en pratiquant des ligatures entre elles et les réseaux capillaires, 
de diminuer notablement la quantité de sang que le tronc malade doit 
transmettre aux parties qu il nourrit. Ces praticiens admettent qu’en 
laissant alors intactes, entre l’anévrysme et la ligature, une ou plu- 
sieurs branches plus ou moins volumineuses, l’artère principale étant 
oblitérée plus loin , la tumeur recevra moins de sang, sera le siège 
d’un effort circulatoire moins considérable, ét pourra revenir sur elle- 
même et se consolider. 

Un exemple rendra cette théorie plus facile à comprendre : lors- 
qu’un anévrysme de l’artère brachio-céphàliqueextete, la ligature isolée 
de la carotide primitive, en diminuant de la moitié environ la quantité 
de sang fournie par ce vaisseau , rend moindre d’autant, selon W . War- 


vations anatomico-chirurgicales sur l’anévrysme spontané en général, ^et sur celui 
de l’artère fémorale en particulier. Paris, i 8 a 5 . — Marjotin , Nouveau Diction- 
naire de médecine, t. 2, article Anévrysme. —Robert A Man. System of surgery. 
Ëdinburgb, 1S21 y vol. a, p. 36 i. — M.-J * CheUus, Handbuch der Chirurgie, 
zum Gebrauche bei seinen Vorlesungen. Heidelberg und Leipzig, 1828. Ereter 
r and, rweile Abtheilung, Abschnitt von den Pulsadergeschwülsten in AUgemei- 
neo, Seite 86g Rust ■> Theoretisch praktiscbes Handbuch der Chirurgie. 
Berlin und /Rien , *83o. Zweiter Band , Artikel Aneurysma , Seite 48 . 

( i ) The Lancet ; mai i , * 83 e. Lectures en surgery medical and operative, 
delivered at S 1 . Bartholomew’s hospital ; by H. Lawrence , lecture 43 , on 
Jneurüms , p. i 65 . 

(2) On aoeurisms and ils cure by a new operation. London, 1828. 

( 3 ) Dietionary of praotical surgery. London # i83o; sixth édition » p. 14s. 


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( ‘7 ) 

drap, la colonne qu’il reçoit de l’aorte , et qui ne trouve plus pour s’é- 
chapper que l’artère sous-clavière. La ligature secondaire de celle-ci , 
en dehors des scalènes, produit dans ce cas un affaiblissement circu- 
latoire plus grand encore , puisque le sang entré dans l’innominée n’a 
plus d’autre issue que les quatre branches nées de la sous-clavière en 
deçà des muscles près desquels est placé le lien obturateur. Ainsi, par 
la première opération , on a affaibli la circulation de l'innommée de la 
moitié environ; par la seconde - , on l’a abaissée davantage, et,. dit 
M. IV ardrop , on l’a réduite assez pour n’être plus à ce qu’elle était 
dans l’état normal que :: 1/3 : 1 , ou :: i : 5; ce qui suffit, selon ce 
praticien , pour remplir l’indication proposée du repos et de la coagu- 
lation du sang dans l’anévrysme, et par suite de l’oblitération du sac. 

Cette théorie a pour base la supposition qu’un tronc vasculaire se 
modifie d’après le volume des branches qui en partent, et qu’il se 
dilate ou revient sur lui-même , selon que ces branches deviennent 
elles-mêmes plus ou moins multipliées ou volumineuses. On observe, il 
est vrai, quelque chose de semblable, mais après un temps fort long, 
dans les vaisseaux soumis aux opérations chirurgicales. Après l’am- 
putation de la cuisse, par exemple, l’artère crurale ne présente plus 
le large calibre qu’elle avait lorsque la jambe et le pied devaient être 
nourris par elle. Mais ces changemens sont lents, gradués, et ne sau- 
raient avoir lieu dans le court espace de temps nécessaire pour opérer 
l’oblitération d’un anévrysme ; ils dépendent surtout d’une réduction 
dans l’étendue des parties à nourrir, circonstance qui n’existe pas dans 
les ligatures ordinaires, après lesquelles le sang est seulement dé- 
tourné de son trajet normal, pour parvenir d’ailleurs, en quantité 
toujours égale , aux organes qu’il doit alimenter. 

Ce qu’on peut affirmer sur cette qvestion , c’est que le courant san- 
guin , laissé libre au-delà d’une tumeur anévrysmale après l’emploi de 
la méthode de Brasdor, est toujours nuisible en maintenant de l’agfc- 
tation dans le liquide qui remplit le sac; si cette agitation est très- 
faible, à raison du petit nombre ou du petit calibre des branches par 
lesquelles le sang trouve à s’échapper , la guérison peut n’étre pas ab- 

3 


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( ) 

solument empêchée ; mais , dans les cas contraires, elle y oppose des 
obstacles immédiats ou secondaires susceptibles de la rendre absolu- 
ment impossible. 

Un fait communiqué par M. Makelcan sembla cependant confirmer 
à M. W ardrop la réalité de ses conjectures ; il s’agit d’une tumeur ané- 
vrysmale du tronc brachio-céphalique , guéri presque complètement 
par l’oblitération de la carotide. La tumeur était remplie d’un caillot, 
traversé seulement par un canal assez étroit pour le passage du sang 
dans la sous-clavière restée libre. Cette tumeur était probablement de 
la nat ure de celles dans lesquelles l’origine de la carotide fait partie du 
sac , et le travail salutaire par lequel la nature oblitéra l’anévrysme, 
à l’aide de l’accumulation de la fibrine dans sa cavité, s’étendit sans 
doute jusqu’à ce vaisseau , de telle sorte que la sous-clavière ne fut 
qu’accidentelleinent conservée, et que son obstruction secondaire, 
si le malade avait assez vécu pour qu’elle s’opérât, aurait été indis- 
pensable pour compléter la guérison de la maladie. 

Il est juste d’avouer toutefois que M. W ardrop , ayant tenté , dans 
un cas d’anévrysme du tronc brachio-céphalique , la ligature bolée 

de la sous-clavière, d’heureux résultats semblèrent d’abord devoir 

\ 

être obtenus. Nous rapporterons plus loin l’histoire de ce cas impor- 
tant , qui , bien loin d’infirmer les considérations précédentes , ne fait 
que les confirmer. 

Il résulte de tout ce qui précède, que la difficulté principale que 
présente l’application de la méthode de Brasdor , à la guérison des 
anévrysmes les plus graves et les plus rapprochés du centre de la cir- 
culation, consiste à rencontrer des dispositions vasculaires telles , qu’a- 
près l’avoir pratiquée, on ne trouve, ni au voisinage de la tumeur, 
ni entre elle et la ligature , aucune ramification artérielle assez consi- 
dérable pour y entretenir un courant sanguin de quelque impor- 
tance , susceptible de s’opposer à la coagulation du sang dans sa ca- 
vité, et par suite à sa solidification. 

Examinons maintenant si les faits observés jusqu’ici sont favora- 
bles ou contraires à l’emploi de cette méthode. 


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(■ 9 ) 


DEUXIÈME PARTIE. 

OBSERVATIONS. 


Les inductions fondées sur l’analogie, alors même qu’elles sont 
déduites à l’aide des raisonnemens les plus sévères, manqueront 
toujours du degré de certitude que l’observation attentive et directe 
des faits peut seule communiquer aux vérités scientifiques. Notre 
esprit est si exposé à faillir, à se laisser égarer dans les voies qu’il suit 
avec le plus de circonspection , que ses conclusions ont toujours be- 
soin, pour être généralement admises, d’avoir la sanction de l’expé- 
rience immédiate. Jusque-là, toutes! contestable et sujet à des inter- 
prétations diverses. Examinons donc jusqu’à quel point les faits 
recueillis jusqu’à présent infirment ou justifient les considérations 
précédentes, et peuvent servir d’appui aux règles de pratique que 
nous nous proposons d’en tirer plus tard. Cet exposé de l’état présent 
de la science , sur un poiut encore neuf et controversé , ne saurait 
d’ailleurs être entièrement indigne d’exciter l’intérêt des esprits stu- 
dieux et méditatifs. 

Afin de mettre plus d’ordre dans cette partie de notre travail, nous 
diviserons les faits relatifs à l’application de la méthode de Brasdor en 
trois séries , selon qu’ils se rapportent aux ligatures, soit de l'artère fé- 
morale ou de l’iliaque externe, soit de la carotide, soit enfin de la sous- 
clavière ou de l’axillaire. Il sera facile de suivre ainsi les rapports qui 
unissent entr’eux les faits dont chaque série se compose , et l’esprit 
pourra saisir sans effort les analogies ou les dissemblances qu’ils pré- 
sentent. 


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( 30 ) 


I 


PREMIÈRE SÉRIE. 

Ligatures de l’artère fémorale ou de l’iliaque externe. 

I". OBSERVATION. 

Anévrysme de là partie supérieure de l’artère crurale opéré par Des- 
champs , à l’aide d’une ligature placée au-dessous de la tumeur. — 
Seconde opération par l’incision du sac. — Perte considérable de sang. 
— Mort du sujet. — Autopsie du cadavre. 

Celte observation est si importante, tant parce qu’elle se rapporte 
au premier exemple bien détaillé de la méthode conseillée par 
Brasdor , qu’à raison des conclusions défavorables qu’on en a déduites 
contre cette méthode , et qui ont prévalu jusque dans ces dernières 
années , que je crois devoir, malgré son étendue , la rapporter textuel- 
lement, telle que Deschamps la publia lui-même dans le cinquième 
volume du Recueil périodique de la Société de Médecine. 

« Le citoyen Albert Brondex , âgé de soixante ans , homme de let- 
tres , d’une constitution plus aqueuse que sanguine, entra â l’hôpital 
de la Charité le 10 vendémiaire an vu. Il portait à la partie supé- 
rieure de la cuisse gauche une tumeur circonscrite, de la circonférence 
de 4 décimètres et demi (près de 17 pouces), s’étendant jusqu’au 
pli de la cuisse, et ne paraissant laisser entre elle et l’arcade crurale 
que la distance d’un travers de doigt. Cette tumeur fut aisément re- 
connue pour un anévrysme vrai , elle en avait tous les caractères ; elle 
datait de six mois , et dans son commencement elle s’était manifestée, 
sans causes connues, par une petite tumeur située sur le trajet de 
l’artère fémorale , à cinq travers de doigt du pli de la cuisse. Le qua- 
trième jour de son entrée à l’hôpital , la tumeur continuant à faire 
des progrès , j’assemblai neuf consultans , les citoyens Allan, Brasdor, 
Boyer , Corvisart, Cullerier, Mangues, chirurgien du malade, Pelletan, 



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( *« ) 

Perey et Thouret. D’après l’examen de la maladie , je proposai la li- 
gature de l’artère fémorale au-dessous du sac anévrysmal , en faisant 
observer combien il était difficile de comprimer l’artère au-dessus de 
la tumeur d’une manière sûre et stable pendant tout le temps que 
durerait l’opération, et d’étendre l’incision autant qu’il était néces- 
saire , surtout à la partie supérieure , près le point de compression , 
afin de découvrir assez l’artère pour pratiquer une ligature aussi im- 
portante entre deux artères si voisines l’une de l’autre ; et la crainte 
d’une perte de sang considérable chez un malade cacochyme , affaibli 
et âgé de soixante ans ; espérant que le sang , arrêté dans l’artère fé- 
morale par la ligature, se coagulerait dans la tumeur, faute de mou- 
vement, et de proche en proche jusqu’à l’artère profonde. Après une 
heure de discussion, je recueillis les voix : trois furent pour l’incision 
de la tumeur, et six pour la ligature au-dessous du sac anévrysmal 
sans l’intéresser. Le malade préparé à l’opération , et les appareils dis- 
posés , j’y procédai sur-le-champ en présence des consultans. 

• Je fis sur le trajet de l’artère fémorale, au-dessous de la tumeur, 
vers la partie moyenne de la cuisse , une incision de 7 centimètres 
(2 pouces et demi environ). Les tégumens et le faseta lata ouverts , je 
me proposai de soulever le muscle couturier, que l’on sait couvrir 
l'artère dans cet endroit ; je le cherchai pendant long-temps sans le 
reconnaître; je prolongeai l’incision un peu plus avant, et éloignant 
les fibres musculaires vers la partie interne de la cuisse , je suivis le 
grand adducteur, le long duquel est couché le paquet des vaisseaux . 
et écartant les parties, je trouvai le muscle couturier déjeté eu dedans. 
Nous cherchâmes l’artère , que nous crûmes reconnaître dans le lieu 
qu’elle occupe ordinairement ; mais nous n’y aperçûmes pas la moin- 
dre pulsation , et elle ne présentait pas de volume sensible. Plusieurs 
assistans essayèrent , aussi inutilement , de la découvrir. On crut de- 
voir alors la chercher ailleurs. Un des assistans porta le doigt dans le 
fond de la plaie, vers la tumeur, et il lui sembla , en la suivant, re- 
connaître cette artère vers la partie interne de la cuisse , sous le muscle 
couturier qui s’y était porté ; je dégageai alors ce muscle, que j’isolai 


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( *2 ) 

dans toute sa circonférence , mais ce fut inutilement ; nulle pulsation, 
ne se manifesta sous les doigts , dans quelque endroit qu’on les por- 
tât. On proposa, pour voir plus nettement le fond de la plaie, de 
couper en travers le couturier: malgré ma répugnance à le faire, je 
cédai , et nos recherches n’en furent pas moins infructueuses. Enfin 
nous revînmes à notre première idée, que l’artère n’avait point changé 
de place. Un Blet nerveux, que l’on sait accompagner le paquet des 
vaisseaux dans cet endroit , et que j’avais coupé dans le dessein d’é- 
viter au malade les vives douleurs qu’il éprouvait au genou chaque 
fois que je le touchais , me détermina ; je passai l’aiguille emmanchée, 
sous l’endroit où nous étions persuadés qu’était le paquet des vais- 
seaux , et pour plus de sûreté je compris dans l’anse une petite portion 
du muscle grand adducteur. Le cordonnet passé, j’en tirai en haut les 
extrémités , et je portai le doigt sur les parties qu’il embrassait , afin 
qu’en appuyant , le sang , arrêté, remplît l’artère et la rendît sensible ; 
mais nous n’aperçûmes aucun changement , aucun gonflement au- 
dessus de la pression. 

« A l’aide du presse-artère les parties furent comprimées, et je plaçai 
au-dessus une ligature d’attente. Le malade ne perdit pas trois onces 
de sang pendant cette opération; je mis une très-petite quantité de 
charpie dans le fond de la plaie; deux légers bourdonnets en garan- 
tirent les bords de l’impression du presse-artère; deux ou trois com- 
presses fendues furent placées sur un plumasseau enduit de baume 
A'Arceus, qui couvrait la plaie; je n’employai aucun appareil circu- 
laire , des sachets remplis de sable chaud furent mis le long de la 
jambe et du pied. Ces parties n’éprouvèrent pas le moindre change- 
ment dans leur chaleur et dans leur sensibilité ; mais le malade était 
extrêmement fatigué par la longueur de l’opération, qui avait duré 
près d’une heure , et par les vives douleurs , les distensions et les dé-, 
chiremeus qu’occasionèrent les différentes recherches. Les progrès de 
la tumeur avaient été très-sensibles depuis le 10 jusqu’au i4, jour de 
l’opération ; ils ne se bornèrent pas à cette époque, et les pulsations 
furent les mêmes. Le i 5 et le 16, son volume était parvenu jusque 


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( *3 ) 

près de l'arcade crurale. On remarquait à sou sommet une nuance 
un peu violette , que l'on n’apercevait qu'en y portant beaucoup d’at- 
tention; la cuisse et la jambe conservaient leur chaleur naturelle; il 
y avait très-peu de douleur à la cuisse, qui cependant paraissait légè- 
rement enflée. 

« Le i6, les premières pièces d’appareil furent levées, et on resserra 
la ligature, qui était un peu relâchée. Dans la journée du 17, les 
choses n’avaient point changé de place; le pouls était fréquent, petit 
et serré. Dans la nuit du 17 au 18, le malade éprouva plus de douleur 
à la cuisse, et plus particulièrement une douleur sourde dans la tu- 
meur anévrysmale, dont le volume augmentait; je vis le malade à une 
heure du matin; j’observai un engorgement sensible, un peu doulou- 
reux, le long de la face externe de la cuisse, sans dureté, et la tumeur ne 
cessait point d’étre circonscrite. Le 1 8, quatrième jour de l’opération , 
nous examinâmes le malade avec toute l’attention qu’exigeait sa situa- 
tion ; la tumeur , comme je l’ai dit, avait continué à faire des progrès ; 
les pulsations se faisaient sentir au même degré ; la cuisse et la jambe 
étaient engorgées. Toutes ces circonstances prouvaient d’une manière 
évidente que la ligature placée au-dessous de la tumeur ne produi- 
sait pas l’effet que nous en attendions ; nous étions intimement per- 
suadés que l’artère avait été liée , quoique plusieurs assistans en dou- 
tassent. L’aspect du malade paraissait peu favorable; son pouls pe- 
tit , serré et fréquent ; son âge et toutes les craintes que j’avais mani- 
festées avaut l’opération n’étaient pas propres à nous rassurer sur le 
succès d’une seconde opération , que les circonstances où se trouvaient 
le malade exigeaient impérieusement, si on ne voulait l’abandonner 
à une mort certaine et prompte. Toutes ces considérations pesées 
mûrement, nous nous décidâmes â l’ouverture du sac anévrysmal. 

■ Le même jour 18, quatre heures après midi, nous procédâmes à 
cette opération en présence des citoyens Mangues et Valentin, nos 
confrères. On disposa une pelotte étroite, un peu alongée , ferme et 
solide , fixée sur un manche , pour avoir le double avantage de tenir 
peu de place et d’étre maintenue par un aide tort et intelligent ; un 


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( *4 ) 

autre aide était disposé pour seconder et remplacer le premier. Cette 
pelotte , placée sur l’artère à sa sortie du bas- ventre , et appuyée sur 
le pubis, je plongeai le bistouri dans le tiers supérieur de la tumeur 
jusqu’en bas. Le sac , y compris la peau, qui était parfaitement saine, 
et les premières couches lymphatiques avaient un doigt et demi d’é- 
paisseur. 11 sortit aussitôt une grande quantité de sang artériel li- 
quide ; je retirai une masse de caillots et de concrétions lymphati- 
ques d’un volume excédant celui du poing. Le sac , affaissé , laissant 
plus d’intervalle entre l’angle supérieur de l’incision et le moyen com- 
primant, j’incisai en haut jusqu’à la main de' celui qui comprimait, 
pour reconnaître précisément la crevasse artérielle , que je ne pou- 
vais voir que d’instant en instant , étant à chaque motpent inondée 
par le sang , malgré le -soin que l’on prenait de comprimer l’artère. 
On passa une sonde à poitrine dans le tube supérieur de ce canal , 
que l’on souleva le plus possible; la perte énorme du sang me fit ac- 
célérer la ligature. Dirigé seulement par le tact , en pressant le tube 
artériel et la sonde entre mes doigts , je passai l’aiguille sous l’artère 
soulevée : le cordonnet introduit, j’en tirai en haut les extrémités, et 
portant entre elles un doigt sur l’artère , on suspendit la compression ; 
le sang ne parut plus; je soulevai l’artère au moyen de cette ause, et 
treize à dix-huit millimètres ( six à huit lignes) plus haut, je passai 
un cordonnet plat dans l’artère, et je comprimai le tube artériel; le 
sang paraissant venir de bas en haut , je fis une ligature au-dessous 
du sac au moyen d’un fil ciré noué d’un double nœud. Ces deux lig*> 
tures faites , il ne parut plus de sang dans la poche anévrysmale , qui 
fut légèrement garnie de charpie mollette , et couverte d’un plumas- 
seau enduit de baume d 'Arceus, sur lequel je mis quelques com- 
presses , soutenues seulement par des longuettes , qui embrassaient 
la cuisse sans la comprimer. Le presse-artère placé à la première 
plaie devenant inutile, U fut retirét 

< Comme je l’avais prévu lors de la consultation , le malade , 
malgré toute la promptitude qu’il me fut permis de me Ire à 
lier l’artère , perdit une telle quantité de sang, qu’il tomba H«n« un 


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.(*S) 

affaissement dont il ne s'est plus relevé , malgré tous les s«*cours qu’on 
lui administra. Son pouls ne se fit plus sentir ; il s’éteîgnit par degrés , 
et mourut à minuit , huit heures après l'opération. 

« La dissection anatomique, faite le lendemain à l'amphithéâtre de 
l'hôpitai , en présence de notre collègue Allan et d’un grand nombre 
d’élèves, a démontré : - 

■ i Que l’artère profonde, qui ordinairement part de la féniora’e à 
quatre ou cinq centimètres et demi ( un pouce et demi , deux pouces 
i peu près ) de sa sortie du ventre , prenait sa naissance à 23 millimè- 
tres (dix lignes); que, suivant l’ordre ordinaire, elle donnait pres- 
que aussitôt les deux circonflexes; que ces canaux suivaient leur di- 
rection accoutumée ; que ces artères subalternes avaient un diamètre 
considérable; que le tronc de la profonde, avant sa division , égalait 
presque le diamètre de l’artère fémorale; que les articulaires supé- 
rieures étaient aussi sensiblement dilatées; que la profonde était fixée 
au sac anévrysmal par une adhérence telle , qu’elle suivait le sac sou- 
levé par la sondé introduite dans le tube artériel, comme on le voit 
dans la pièce anatomique, de manière qu’il était presque impossible 
«le passer l’aiguille entre elle et la fémorale, sans s’exposer ou à la pi- 
quer ou à la comprendre dans (a ligature. 

« 2 *. Que la ligature faite daus la première opération embrassait Tar- 
tère, la veine fémorale, et une petite portion des fibres du muscle grand 
adducteur; que dans la seconde opération , la ligature supérieure ser- 
rée était placée à six millimètres ( trois lignes ) du sac anévrysmal ; 
quelle embrassait l'artère fémorale et un tiers de f artère profonde 
traversée par l’aiguille ; que la ligature d’attente placée au-dessus dé 
celle-ci avait passé précisément entre la profonde et la fémorale , et 
que cette dernière était embrassée exactement : que te ligature infé- 
rieure comprenait l’artère six lignes au-dessous du sac , et que la 
veine avait été blèssée par l'aiguille. On observera que maigre l’une 
et l’autre blessure, le sang avait cessé de couler dans le sac. 

«3*. Que l’artère étaitdilacénée dans l’étendue decinq centimètres et 
demi (deux pouces) à sept centimètres deux millimètres (deur 

4 


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( ri ) 

pouces huit lignes ) de son origine; que l’entrée' et la sortie du sac 
avaient la forme d'un entonnoir; que la largeur de l'artère dans le 
centre ne pouvait être évaluée précisément, ses bords étant confon- 
dus avec le tissus cellulaire, qui faisait la plus grande partie du sac 
anévrysmal ; que vingt-sept millimètres au-dessus de ce sac, il y avait 
uue dilatation ou cul-de-sac dans le tube artériel, à sa partie posté- 
rieure , c’est à dire un anévrysme vrai commençant , dont l’intérieur 
était lisse , poli et sans aucune altération ; que le reste de l’étendue 
du tube artériel , ainsi que la fémorale du côté droit , étaient dans 
leur état naturel. 

« 4*. Que la cuisse malade était déjà affectée d’une infiltration pu- 
rulente , étendue sur la surface des muscles de la partie antérieure et 
extérieure de la cuisse, sous le fascia-lata ; que cette suppuration n’a 
été remarquée entre les muscles qu’à l’endroit de la première in- 
cision. 

« Je présente à la Société de médecine toute l’étendue du canal arté- 
riel sur lequel les opérations ont été faites. Celte pièce intéressera 
d’autant plus la Société, qu’elle se convaincra, et par l'examen du 
sac , et particulièrement par celui de I’auévrysme commençant , qu’il 
y a des anévrysmes par dilatation , malgré les opinions contraires , qui 
doivent céder à uue telle évidence. » 

> Réflexion». 

Presque tous les chirurgiens qui ont rejeté la méthode de Bratdor 
se sont principalement fondés sur l’issue malheureuse de l’opération 
de Deschamp » ,* mais rien ne pouvait moins que ce fait fournir des ar- 
gumens pour prononcer une semblable proscription. Il est évident , 
en effet , que la tumeur anévrysmale avait graduellement comprimé, 
en se développant, le tronc de la fémorale, auquel il appartenait; que 
les branches nées de ce tronc , au-dessus du sac, étaient toutes con- 
sidérablement dilatées, et que la circulation commençait déjà à se dé- 
tourner de sa route directe , pour suivre celle des anastomoses. C’est 


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( *7 ) 

au milieu de ces cbangemens, ordinairement favorables à la guérison 
spontanée des anévrysmes , que l’opération fut pratiqué. Le tronc de 
la fémorale, au-dessous delà tumeur, était revenu sur lui-méme, au 
point que ses pulsations ne purent être senties dans le lieu qu’il oc- 
cultait. La ligature , placée sur lui , dut donc n’apporter , et ne dé- 
termina en réalité, que peu dechangemcnt dans l’état de la tumeur; 
elle s'était accrue avec rapidité durant les quatre jours précédens; 
elle continua d’augmenter pendant les quatres jours qui suivirent ; 
mais elle resta circonscrite , et ses battemens se maintinrent au même 
degré. Avant l’opération , la fémorale ne recevait déjà que peu de sang ; 
plus tard, elle n’en reçut plus du tout, mais les gros vaisseaux, et sur- 
tout la profonde, nés immédiatement au-dessus du sac entretinrent 
du mouvement, et empêchèrent, après comme avant la ligature, la 
coagulation du sang de s’y opérer. 

Je le répète, l’opération n’eut donc et ne pouvait avoir que très-peu 
d’influence sur l’état de la tumeur ; mais la veine fémorale , et , selon 
toute apparence des divisions du nerf crural, furent comprises dans 
la première ligature ; de là, l’engorgement de la partie inférieure du 
membre et la douleur croissante qu’y ressentit le malade. On se ré- 
solut, dans ces graves circonstances, à opérer selon l’ancieime mé- 
thode,. et une perte considérable de sang accompagna .l’exécution 
laborieuse de ce procédé, d’ailleurs vicieux. La mort, qui suivit 
presque immédiatement cette seconde tentative , fut le résultat ma- 
nifeste de l’hémorrhagie, ainsi quedel’épuisement'des forces nerveuses, 
provoqué par des souffrances prolongées. Elle doit être attribuée 
exclusivement à ces circonstances , et non à la ligature faite quatre 
jours auparavant , au-dessous du sac, et qui, si elle n’avait pas été 
utile, était au moins restée étrangère aux progrès ultérieurs de la 
maladie. 

Telle est la manière la plus naturelle dont ce fait important pouvait 
être envisagé; on ne devait en faire usage ni pour attaquer, ni pour 
défendre la méthode en discussion. 11 est inutile de parler de la bles- 
sure de la veine iémorale durant la seconde opération ; cette circon- 


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( *8 ) 

stance a été rendue nulle par la mort presque subite qui a frappé le 
sujet., 

II*. OBSERVATION. 

Anévrysme de l’artère iliaque externe. — Ligature pratiquée au-dessous 
de la tumeur. — Déchirure du sac. — Mort du sujet. Par M. Antoine 
fVhite, chirurgien de l’hôpital de Westminster. 

M- Guthrie (i) s’exprime ainsi àToccnsioude ce fait intéressant. 

« Dans un cas d’anévrysme situé à l’aine , chez un malade de l'hô- 
pital de Westminster, M. ff'hite fit une ligature au-dessous de la tu- 
meur. L’artère, lojrsqu’on la mit à nu ne put être reconnue à ses 
pulsations; eUe ne paraissait pas donner passage au sang, et ne fut 
distinguée par l’opérateur qu’à raison de sa situation anatomique ; 
une ligature fut cependant jetée sur elfe , avant sa division. Lorsqu'on 
vit que son calibre était réduit au quart de ses dimensions normales , 
et que ses tuniques étaient épaissies, on pensa que la ligature n’au- 
rait guère d’autre résultat que d’exciter de l'inflammation dans les 
parties. C’est effectivement ce qui eut lieu; la maladie se termina 
d’une manière fâcheuse par la déchirure du sac , à laquelle contribua 
certaine ment la mauvaise constitution de la malade, qui ne survécut 
pas à cet accident. • 

Je suis heureux de pouvoir suppléer au vague de ce récit par 
les détails suivans, que M. White lui-même a bien. vouIm mecoininur- 
niquer (a). . . 


(i) On th« diseaset And injurie* of astéries. 

(a) Sa lettre est trop en harmonie avec les principes libéraux qui doivent 
porter les praticiens de tous les pays à se transmettre leurs observations, et à 
contribuer de tous leurs moyens à l'avancement de la science, pour que je ne 
l’insère pas textuellement ici- On n'y verra pas sans éprouver quelque sentiment 
de gratitude un des chirurgiens les pins distingués de la Grande-Bretagne ré- 
pondant avec bienveiUanoe aux questions d'un jeune adepte, à peine sorti des 
bancs, «t i’ empressant de dissiper ses doutes sur an des peints les plus intéres- 


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( a 9 ) 

« Une femme, âgée d’environ cinquante ans, fut admise, à l’hô- 
pital de Westminster, durant l’hiver de 1 827. Elle portait un anévrysme 
considérable de l’artère inguinale gauche ; le bord supérieur de la tu- 
meur était en contact tellement immédiat avec le ligament d ePouparî, 
qu’on ne pouvait établir entr’eux le moindre intervalle ; sou volume 
égalait celui d’un petit melon, et elle avait paru depuis environ cinq 
mois. La malade était adonnée depuis long-temps à l’usage excessif 
des boissons alcoholiques, qui avait profondément altéré sa constitu- 
tion , ce qui contr’indiquait toute tentative d’opération chirurgi- 
cale. 

« Cependant la tumeur s’accroissant avec rapidité, et sa nature ané- 
vrysmatique ne pouvant laisser aucun doute, je me proposai, non 
pas de placer une ligature sur le tronc de l’iliaque externe, mai» de 
pratiquer l’opération renouvelée par M. W ardrop , c’est à dire de lier 
l’artère au-dessous de la tumeur, à la partie supérieure delà cuisse , 
afin d’empèchcr le cours du sang à travers et au-delà de l’anévrysme. 
D’autres faits antérieurement observes m’avaient porté à croire qu’une 
pareille opération serait suivie de la coagulation du sang et par suite 
de l’oblitération de la tumeur qu’il remplissait. 

« Ce plan fut mis à exécution : lorsqu’on eut incisé tous les tissus 
qui recouvraient la partie supérieure de l'artère fémorale, ce -vaisseau, 
exposé à la vue , ne présenta aucune trace de pulsation. Deux liga- 
tures furent toutefois placées sur le tronc artériel, que l’oto divisa dans 
l’espace qui les séparait. Bien qu’il ne fût pas complètement oblitéré, 
son calibre paraissait tellement diminué, que ui mes collègues, ni moi 
ne pûmes nous défendre de penser q,ue depuis longtemps déjà il 
avait cessé de livrer passage au sang veuaut de 1» tumeur anévrys- 
male. 

• Un travail spontané de la- nature avait donc devancé Popératîon, 


sans de l’art que l’un professe depuis long-temps avec tant de succès *et que 
l’autre s’apprête à cultiver. 


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( 3 o ) 

sans toutefois avoir déterminé aucun changement favorable dans l'é- 
tat de la maladie. 

< La fièvre d’irritation qui suivit la ligatpre pratiquée se compli- 
qua d’un érysipèle développé d’abord aux environs de la plaie , et qui 
envahit graduellement la cuisse et une grande portion de l’abdomen. 
La malade succomba bientôt après. 

* Ce cas, continue M. White , sert à prouver que lorsqu’un gros 
vaisseau comme la profonde est en communication très-rapprochée 
et très-immédiate avec l’anévrysme , il y a moins de probabilités d’ob- 
tenir la coagulation du’sang que lorsque la branche située au-dessous 
de la tumeur est à la fois plus éloignée et d’un plus petit calibre. Le 
cours trop facile du sang à travers la profonde s’oppose trop invin- 
ciblement à la stagnation de ce liquide dans le sac anévrysmal , 
pour qu’on puisse s’attendre à sa solidification. ■ 

Tels sont les détails fournis par M. fVhile. Il en résulte que ce pra- 
ticien a reproduit, à peu de différence près, l’opération d e Deschamps, 
qu’il a trouvé les mêmes conditions organiques défavorables et qu’un 
résultat également funeste a suivi sa tentative. 

111 *. OBSBKVATIOR. 

Anévrysme de d’artère iliaque externe. — Ligature de la fémorale au- 
dessous de la tumeur. — Ligature secondaire de l’aorte. — Accident. 
— Mort du sujet. Par M. James t chirurgien de l’hôpital de Devon , 
A Exeter (i). 

Jean Windsor, Agé de quarante-quatre ans, maigre de corps » 
quoique d’une constitution robuste, fut admis à l’hôpital d’Exéter le 
1 7 mai 1 829 ; il ne se plaignait alors que de douleur è la hanche 
gauche , et d’une tuméfaction également douloureuse dans le genou 


(1) MeAieo-chintrgieal transactions , vol. 16; i 83 o 


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( 3 . ) 

du même côté ; il résulte toutefois des renseignemens pris plus tard 
que , depuis quatre mois environ . il avait aperçu à la partie infé- 
rieure de l’abdomen une tumeur dont il ne fit pas mention. Après 
quelques mois de traitement, dirigé contre la douleur dont il se 
plaignait , cette tumeur fut reconnue pour être un anévrysme ; et 
dans son accroissement progressif elle s’étendit à toute la région ilia- 
que , soulevant la paroi abdominale correspondante. Ses dimensions 
étaient telles qu’on ne pouvait lier Tarière iliaque au-dessus de ses 
limites supérieures, et que ('opération de Brasdor offrait seule quel- 
ques probabilités de succès. La santé du malade était d’ailleurs dans 
un état satisfaisant ; les batlemens du cœur n’indiquaient pas qu’il 
existât de lésion à cet organe, et aucune cause appréciable externe 
ou interne n’avait occasioné le développement de la tumeur. 

L’opération projetée fut mise à exécution le 2 juin; le sujet étaut 
convenablement placé, une incision longitudinale fut faite au milieu 
de l’espace compris entre l’épine de l’iléon et la symphyse du pubis, 
depuis le ligament de Poupart jusqu’à la distance de trois pouces plus 
bas , en suivant la direction de l’artère fémorale. Ayant mis à décou- 
vert la gaine des vaisseaux et le troue artériel étant isolé , à l’aide 
d’une dissection assez laborieuse, une ligature fut placée au-dessous 
de lui , en se servant d’une aiguille de W eisg, et l’opérateur le lia à 
un demi pouce envirou au-dessous de l'arcade crurale. 

Quatre heures après l’opération , on put remarquer dans la tu- 
meur un conimencement de diminution de volume qui devint gra- 
duellement plus- considérable les jours suivans. La température des 
tégumens n’éprouva d’altération ni dans l’ensemble du corps , ni 
dans le membre correspondant à l’opération ; le pouls resta entre 
80 et 90 pulsations par minute, et la santé générale fut à peine 
troublée. 

Cependant, du 5 au 12 juin, la tumeur, d’abord affaissée, recom- 
mença à faire des progrès, et présenta quelques traces d’une éléva- 
tion partielle â sa partie inférieure et externe. Le , les tégumens 
étaient luisans et teudus au devant de l’anévrysme ; la douleur dans 


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( 3* ) 

la région iliaque était vive ; la santé était altérée , le visage parais- 
sait défait; le malade souffrait d’un malaise universel ; en6n la tumeur 
elle-ynême s’accrut avec rapidité siirtout dans le point indiqué plus 
haut , et la peau qui la recouvrait devint d’un rouge foncé et comme 
œdémateuse. La formation d’escharres profondes était manifestement 
imminente. L'accroissement rapide de la tumeur du côté de l’om- 
bilic imposait la nécessité de ne pas différer davantage à prendre un 
parti , s’il en existait un , afin de détourner le sang de sa cavité. 

La ligature de la fin de l’aorte abdominale fut alors résolue et pra- 
tiquée le 5 juillet, en présence de MM. Miller , Lacombe , Bornes , 
Barris et d’autres praticiens de la ville. Le malade, A qui uu pur- 
gatif avait d’abord été administré, étant couché sur une table solide, 
les épaules légèrement relevées , une incision fut faite aux parois 
abdominales depuis un pouce au-dessus de l’ombilic jusqu’à deux 
pouces au-dessous de cette cicatrice. Les tégumens , la ligne blanche 
et le péritoine furent successivement divisés dans la même étendue; 
un écoulement considérable de sang eut lieu par une artère super- 
ficielle. Après l’ou verture du péritoine , les viscères abdominaux sor- 
tirent, et les efforts du malheureux patient ne pouvant être modérés, 
la plus grande partie du canal intestinal s’échappa successivement au 
dehors, fut bientôt distendue par des gaz et acquit un volume qui 
gêna beaucoup le chirurgien pendant la durée du reste de l’opéra- 
tion. L’aorte, qui battait avec violence, fut aisément trouvée; mais 
le tissu cellulaire dont elle était entourée, et la résistence du feuillet 
péritonéal qui le recouvrait, opposèrent à l’introduction du doigt au- 
dessous d’elle de très-grands obstacles; il fallut même agrandir la 
plaie de l’abdomen. Une première aiguille à manche en bois, portée 
avec précaution derrière l’aorte, se cassa, et ne put être extraite 
qu’avec difficulté. Enfin , au moyen de l’aiguille de Weiss, et après 
de laborieuses manœuvres, la ligature fut placée autour du tronc 
aortique et convenablement serrée , non sans éprouver une grande 
peine à tenir les intestins écartés , et à éviter de comprendre q‘uel- 
ques-unes de leurs circoiivohitious dans l'anse du fil. 


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( 33 ) 

La tumeur, aussitôt après l’opération devint flasque , et le malade 
se plaignit d’engourdissement dans les membres abdominaux. La 
plaie fut réunie à l’aide de cinq points de suture enchevillée , sou- 
tenus par un bandage convenable. On avait coupé les fils près de la 
ligature , de telle sorte qu’aucun corps étranger ne parcourait l’ab- 
domen, et ne faisait saillie entre les lèvres de la division. 

Le malade avait beaucoup souffert pendant cette longue et pénible 
opération ; il était dans une grande faiblesse. On lui administra de 
petites quantités de vin mêlé d’eau, et ensuite du laudanum étendu 
dans la même boisson. Des douleurs très-vives se manifestèrent dans 
les deux membres inférieurs, et malgré l’emploi de l’opium, persévé- 
rèrent jusqu’à la mort, qui eut lieu à sept heures du soir, trois heures 
et demie ou quatre heures après l’opération. La température de ces 
parties s’était maintenue d’abord au même degré que celle du reste 
du corps; mais elle diminua plus tard dans les deux membres, aux 
approches des derniers momens du sujet. 

- À l’ouverture du cadavre, on découvrit dans la cavité abdominale 
une quantité considérable de sang épanche et disséminé entre les 
anses des intestins; il pouvait provenir de vaisseaux extérieurs qui 
saignèrent copieusement , ou de la lésion de quelques artérioles du 
mesenlère, qui fut égratigné par le manche rompu de la première 
aiguille qu’on employa. L’intestin n’était pas blessé ; il était distendu 
par des gaz ; le tronc de l’aorte était fortement serré par la ligature, 
à cinq lignes au-dessous de la naissance de la mésentérique inférieure 
et à onze lignes au-dessus de sa bifurcation en iliaques primitives. 
Un caillot imparfait, ou plutôt l’apparence d’un caillot ^existait en 
haut et en bas du point lié; le peu de temps qui s’écoula jusqu’à la 
mort l’empécha sans doute d’acquérir plus de solidité. Dans la li- 
gature se trouvait aussi compris du tissu cellulaire et une petite 
veine branche de la mésentérique inférieure; la veine cave n’avait 
éprouvé aucune lésion. 

La tumeur anévrysmale offrait d’énormes dimensions ; malgré sou 
état d’affaissement , elle s’étendait encore depuis la partie supérieure 

5 


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( 34 ) 

de la cuisse jusqu’au côté de la colonne vertébrale. D’un côté , die se 
prolongeait assez loin dans le bassin ; de l’autre , elle occupait la 
partie inférieure et postérieure de l’abdomen , en remplissant toute 
la cavité iliaque. 

L’os des îles sur lequel elle reposait était dénudé , rugueux , et cor- 
rodé transversalement jusqu’à la cavité cotylolde ; le pubis de ce côté 
avait presque entièrement disparu jusqu’à la symphyse. La partie 
externe et inférieure de la tumeur, à l’endroit où l’on avait craint de 
voir des eacharres se manifester, était très-mince et formée seulement 
par les tégumens et par des fibres musculaires distendues et atro- 
phiées. Sur ce point, qui se déchira pendant qu’on l’enlevait, l’ané- 
vrysme ne contenait que du sang liquide et grumeleux, tandis que 
partout ailleurs le sac était épais et dense. Le péritoine adhérait forte- 
ment à sa face antérieure. La tumeur pesait trois livres quatorze onces- 
et demie. 

L’état des vaisseaux était le suivant : l’aorte se divisait à la manière 
ordinaire, en iliaques primitives. L’iliaque gauche pouvait être suivie 
jusqu’à sa bifurcation en iliaque interne , qui ne présentait rien de 
particulier , et en iliaque externe , qui était aussitôt comprise dans la 
tumeur dont elle parcourait la surface antérieure. Elle était large , 
aplatie , et , après avoir parcouru les deux tiers environ de sa lon- 
gueur, elle disparaissait entièrement. A l’ouverture du sac, on ne 
trouva pas dans cet endroit la moindre trace de la paroi pdstérieure 
de l’artère ; mais à un pouce et demi plus bas , elle existait de nou- 
veau , formant une poche d’où naissait l’artère fémorale. Le sac était 
presque entièrement rempli de lames fibrineuses organisées ; il con- 
tenait aussi beaucoup de sang coagulé et même du sang liquide et 
grumeleux. 

Dans l’aorte, on remarqua plusieurs points altérés ; mais la partie 
inférieure de l’iliaque externe, sur laquelle s’était développé l’ané- 
vrysme , était surtout épaissie et désorganisée ; elle ne se terminait 
pas , comme à l’ordinaire , par la fémorale commune , mais se divisait 
aussitôt en deux troncs , de grosseur à peu près égale , dont la plus 


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( 35 ) 

interne, qui correspondait à la profonde, fournissait la branche épi- 
gastrique. 

La ligature primitive avait été appliquée sur la fémorale superfi- 
cielle , à un demi-pouce environ au-dessous du point où correspond 
ordinairement l’épigastrique, et au-dessus d’elle existait un caillot 
parfaitement solide, qui remontait jusque vers la tumeur anévrys- 
male. Le vaisseau lié était complètement oblitéré, et une grande 
quantité de lymphe plastique très-dense, déposée autour de lui, aug- 
mentait sa solidité et embrassait les fils qui l’étreignaient. 

Aucune maladie bien évidente n’existait dans l’articulation coxo- 
fémorale. 

Réflexions. 

Cette observation rapelle celle de Deschamps , dont l’issue fut égale- 
ment malheureuse. Comme le chirurgien français, et malgré les rai- 
sons qui devaient porter à ne pas suivre son exemple, le praticien 
anglais lia d’abord l’artère au-dessous du sac ; de même que dans le 
cas déjà cité, cette ligature, quoique méthodiquement faite, fut sui- 
vie de l’accroissement de l’anévrysme , de menaces de rupture du sac, 
et d’une seconde ligature placée au-dessus de lui; enfin, après de 
longues douleurs et de laborieuses tentatives pour prévenir la termi- 
naison funeste qu’on prévoyait, le malade de M. James a succombé , 
comme celui de Deschamps , en peu d’heures , à la suite de la dernière 
opération qu’il dut supporter. 

11 est' vrai qu’une anomalie artérielle, difficile à prévoir, a sans doute 
contribué, dans le cas qui nous occupe, à annihiler les heureux ' 
résultats qu’on se promettait de la ligature faite au-dessous du sac. Il 
est vrai encore que la situation plus élevée de l’anévrysme rendait 
plus difficile sur le dernier malade que sur le premier l’application 
primitive de la ligature entre le cœur et lui. Cependant tout porte à 
croire, d’après la lecture attentive du récit de M. James, que lors- 
que la tumeur fut d’abord présentée à son examen , la ligature de 
l’iliaque primitive, ou peut-être celle de l’iliaque externe, à peu de 


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( 36 ) 

distance au-dessous de l'origine de l'iliaque interne, aurait pu être 
pratiquée. Malgré son accroissement considérable depuis la première 
opération , le sac anévrysmal n’était arrivé encore que sur l’iliaque 
primitive , sans l’affecter, ce qui indique qu’avant la ligature de la fé- 
morale ce vaisseau aurait pu être sans trop de difficulté découvert et 
lié. Cette marche eût-elle été suivie de plus de succès que celle qu’ou 
adopta , d’après d’excellentes raisons d’ailleurs ? 11 n’est pas facile de 
le décider, bien qu’il soit incontestable qu’i} existe une différence 
énorme entre la ligature de l’une des iliaques primitives et celle de la 
fin de l'aorte, qui les fournit toutes deux. 

Quant à l’anomalie qui , produisant la division de l’artère iliaque 
externe en deux troncs secondaires , empêcha que la ligature pût in- 
tercepter le cours du sang au-dessous de la tumeur , et produire 
ainsi une stagnation complète de ce liquide dans le sac, elle a dû con- 
tribuer au résultat déplorable de la première opération ; et ce fait 
corrobore le principe établi déjà précédemment, qu’il ne suffit pas, 
pour guérir sûrement les anévrysmes , de ralentir la circulation dans 
les cavités qu’ils constituent. Nous reviendrons plus loin sur ce point 
de doctrine, qui est d’une si haute importance dans la pratique chi- 
rurgicale. 

SECONDE SÉRIE. 

Ligatures de la carotide. 

I”. OBSERVATION. 

Anévrysme de l'origine de la carotide du côté droit. — Ligature au‘ 
dessus de la tumeur. — Guérison rapide de la malade. Par M. War- 
drop. { i ). 

Une femme âgée de soixante-quinze ans , affectée depuis trois mois 
de douleurs au cou , avec difficulté dans la respiration et des accès de 


(i) Médico-chirurgical transactions , volume the i3 th. 


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30 gle 



( 3 7 ) 

toux violens , s’aperçut d’une tumeur développée sur la partie dou- 
loureuse, un peu au-dessus de la clavicule droite, et qui présentait 
tous les caractères d’un anévrysme. 

Cette tumeur augmenta rapidement de volume. Elle se trouvait si- 
tuée de telle sorte qu'il était absolument impossible de placer une 
ligature entre le cœur et sa base , qui touchait à la clavicule. Onze 
jours après l’apparition de la tumeur , elle soulevait tellement la peau, 
rouge et amincie à son sommet , qu’à chacune de ses pulsations celle 
membrane semblait devoir se déchirer. La vie de la malade était dans 
un danger immédiat, et la ligature au-dessus de l’anévrysme fut réso- 
lue. Plusieurs circonstances militaient en faveur de cette opération : 
l’anévrysme avait en effet été de courte durée; la malade, en dépit de 
son âge avancé, était d’une constitution robuste, son moral paraissait 
excellent, et elle était disposée à se soumettre à tout pour être soulagée 
et guérie. Enfin, le vaisseau lui-même se prêtait parfaitement à la pra- 
tique du procédé indiqué, et il y avait assez d’espace entre la partie 
supérieure de l’anévrysme et la division de l’artère pour placer com- 
modément une ligature entre ces deux points. 

D’après ces considérations , et fort de l’approbation de MM. V eitcÜ 
et Glen * chirurgien de Brompton , j’entrepris l’opération. Elle con- 
sista dans une incision faite à la peau et au tissu cellulaire, dans l’éten- 
due d'un pouce et demi , à partir des limites supérieures de l’ané- 
vrysme et en suivant le bord trachéal du muscle sterno-cleido-mastoï- 
dien. Aucune difficulté qui n’eût été prévue ne se présenta dans les 
recherches et l’isolement de l’artère ; la dissection fut rendue assez dé- 
licate et difficile par les veines dilatées placées au-devant d’elle. Enfin 
la ligature fut passée, à l’aide de l’aiguille de Bremner, au-dessous du 
vaisseau, en laissant le nerf vague entièrement libre, et la constrictiou 
fut opérée aussi près de l’anévrysme que le permettait l’incision. La 
tumeur elle-même fut recouverte d’un morceau de diachylum , afin 
de protéger la peau amincie et de la comprimer légèrement. Bien loin 
que sou volume augmentât, ainsi qu'on pouvait le craindre, aussitôt 
après la ligature , elle s’affaissa immédiatement d’une manière notable. 


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La nuit qui suivit l’opération fut meilleure et plus calme que la pré- 
cédente. Plus tard, la diminution de l’anévrysme et l'affaiblissement de 
ses pulsations continuèrent à se manifester avec tant de rapidité , que 
le quatrième jour il était réduit d’un tiers environ de son volume pri- 
mitif ; sa partie latérale était immobile , et un frémissement ondula- 
toire bien obscur se faisait seul sentir dans sa portion scapulaire. 

Malgré ces changemens favorables, les tégu mens, qui avaient d’abord 
perdu leur rougeur, s’enflammèrent davantage; vers les cinquième et 
sixième jours , la tumeur augmenta de nouveau de volume , et les pul- 
sations y redevinrent plus fortes. Mais ce retour des accidens , qui 
parut dépendre de plusieurs accès de toux que la malade éprouva, 
fut bientôt suivi d’un amendement décisif. Dès le huitième jour le 
calme reparut, la tumeur recommença à décroître, les pulsations s’y 
affaiblirent, et le quatorzième elle offrait à peine la moitié de son pre- 
mier volume ; on ne pouvait alors découvrir des battemens sur aucun 
point de son étendue : elle n’était le siège que d’un léger soulèvement 
qui paraissait produit par les artères du voisinage. 

Cependant la peau rougit de plus en plus : celle de la portion sca- 
pulaire de la tumeur prit une teinte violacée; enfin une ulcération se 
manifesta sur le point le plus saillant , et donna issue à des caillots 
sanguins mêlés à du pus de bonne uature. Au trentième jour cette ul- 
cération était cicatrisée , et il ne restait plus à la place de la tumeur 
qu’un endurcissement considérable, qui disparut lui-même vers la 
fin de la cinquième semaine et laissa le cou dans son état normal. La 
ligature tomba dans le temps ordinaire , et , depuis trois ans que cette 
guérison est achevée la bonne santé de la malade ne s’est plus dé- 
mentie (i). 


(i J En parlant de ce cas, M. Guthrie corrobore le jugement de U. fVar- 
drop . * M. Gien , dit-il, m’a fait savoir que maintenant, depuis cinq ans que la 
malade est opérée, elle jouit d’une bonne santé, et n'a plus éprouvé d’atloiale 
de sou mari.* 


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( 5g ) 


Réflexion». 

.. * 

Ce cas est un de ceux où la méthode de Bratdor était ie mieux in- 
diquée et devait le plus sûrement réussir : aucune branche, en effet , 
ne naissait du tronc malade , ni au-dessous , ni au niveau , ni au-des- 
sus de l’auévrysme, entre lui et le point où la ligature devait être 
placée. Il était alors vraisemblable que la circulation s’y arrêterait 
immédiatement , et que le sang s’y coagulerait sans obstacle. L’évé- 
nement justifia cette prévision ; et si, vers le cinquième jour, de la 
toux occasiona le retour des pulsations dans la tumeur et un accrois- 
sement nouveau du volume de celle-ci , cette circonstance , toute ac- 
cidentelle , atteste seulement qu’alors la solidification des caillots 
n’était pas assez avancée pour résister aux secousses et au trouble 
développé dans la circulation. La peau , qui avait contracté avant l’o- 
pération une irritation intense, continua à s’enflammer; l’ulcération, 
qui en détruisit une certaine étendue , se propagea au sac ; mais la 
sortie des caillots mêlés à du pus, et non accompagnés de sang li- 
quide, atteste que la phlogosc avait marché de dehors en dedans , et 
que, loin d’être provoquée par la distension du sac, elle l’avait trouvé, 
au contraire, solidement fermé à l’abord du liquide lancé par le cœur. 
On remarquera d’ailleurs que cette phlogose et cette ulcération con- 
sécutive des tumeurs anévrysmales considérables ont également lieu 
quelquefois à la suite de l’opération pratiquée selon la méthode 
d’ A nel , et alors que la circulation est le plus évidemment arrêtée 
d’une manière complète dans la tumeur. 


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II*. OBSERVATION. 


Anévrysme de l'artère carotide droite. — Opération suivant la méthode 
de BRA 9 DOR. — Amélioration de la santé du sujet. — Terminaison fu- 
neste. — Autopsie du cadavre. — Incertitude sur la réalité de la liga- 
ture. Par M. fVardrop (i). 

E. B***, âgée de cinquante-sept ans, qui jusque là avait joui d’une 
santé parfaite , éprouva tout à coup de violentes douleurs à la tête , 
qui se terminèrent par une attaque d’apoplexie. Des moyens conve- 
nables lui rendirent bientôt la santé . et deux ans après , lors d’une 
récidive de la même affection , furent suivis d’un succès également 
heureux. Environ six mois après cette seconde attaque, on remarqua 
par hasard de fortes pulsations à la partie inférieure de son cou , et 
le chirurgien traitant y reconnut une tumeur anévrysmale , pour la- 
quelle il proposa une opération, qui ne fut pas acceptée. 

11 existait alors, sous le muscle sterno-cleido-mastoïdien droit, 
très-aminci en apparence , et dont les deux portions semblaient lé- 
gèrement divisées , une tumeur qui commençait à la clavicule et se 
prolongeait à deux pouces au-dessus ; les battemeus se faisaient sentir 
avec plus de force à la partie supérieure qu’à l’inférieure de cette tu- 
méfaction , et ne paraissaient pas s’étendre au-dessous de la clavicule, 
ha veine jugulaire externe, un peu distendue, croisait sa partie la 
plus élevée. La malade , qui porte depuis quatre ans une hernie in- 
guinale droite, et dont les jambes sont tendues et oedémateuses, ne 
peut se coucher sur le côté droit , parce qu’alors les pulsations de 
l’anévrysme deviennent plus fortes , et s’accompagnent d’un bruisse- 
ment considérable dans l’oreille correspondante. Elle se plaint d’une 
douteur violente à la tête, d’insomnie habituelle, de soif vive, de 


(i) The Lancet, vol. i, i8a6. 


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f 4» ) 

constipation ; et le pouls, quoique naturel , présente un léger frémis- 
sement. 

Après l’emploi d'une saignée et d’un régime coüvenable , M. War~ 

• drop, assisté par M. Lawrence, et en préseoce de plusieurs praticiens, 
pratiqua, le io décembre 1836, la ligature de l’artère carotide pri- 
mitive, immédiatement au-dessus du point où elle se dégage de des- 
sous le .muscle ofnpplato-hyoïdien. 11 avait au préalable fait adminis- 
trer à la malade deux grains d’opium.. Comme il y avait au cou beau- 
coup de graisse, l’incision extérieure n’eut pas moins de trois pouces 
de longueur. La ligature , formée , selon le conseil de Fielding , d’une 
portion d’intestin de vers à soie , fut rapidement passée sous le vais- 
seau à l’aide de l’aiguille de Bremner , et ses deux extrémités étant 
coupées prés du nœud, M. Wardrop réunit immédiatement les lèvres 
de la plaie , au moyen de deux points de suture et d’un emplâtre ag- 
- glutinatif qui le recouvrit. 

L’opération n’occasiona qu’une faiblesse instantanée; la malade 
put monter seule ensuite un escalier , et se tenir quelque temps as- 
sise avant de se; mettre au lit. Le pouls présenta cette particularité 
remarquable, qu’à droite il était fort et plein, et à gauche petit et 
faible. 

Le soir , la malade se trouve bien , et ne se plaint que de sécheresse 
à la gorge. On lui prescrit cinq grains de calomélas. Elle repose , du- 
rant la nuit suivante, mieux qu’elle ne Ta fait depuis quelque temps; 
le lendemain elle est plus gaie et a meilleure mine qu’avant l’opéra- 
tion; la douleur de tête n’existe plu?; les pulsations ont diminué, 1 
surtout dans la portion supérieure de la tumeur ; les battetnens de la 
temporale opposée sont plus élevés que ceux du côté malade. En en- 
levant l’emplâtre agglutina tif. Ou trouve les’lèvres de la plaie adhé- 
rentes et sans apparence d’inflammation. . 

: Le ,12 . le pouls- est toujours plus fort à droite qu’à gauche; les. 
pulsations de la earotidegauche sont, au contraire ;.de p] us en plus 
violentes; et Tarière temporale droite présente des ^alternera. si fai- 
bles, qu’on peut â peine les sehtir. D’ailleurs, même état de la plaie , 

6 


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( 4 * ) 

même amélioration dans la santé générale. Une douce pression suffit 
pour faire diminuer le volume de la tumeur $ cependant lorsqu'on 
l’enfonce la malade se plaint du retour de la douleur de tête. 
Comme la constipation persiste et s’accompagne de douleur dans le 
ventre, on prescrit des purgatifs salins avec du séné. 

Le 1 3 , le mieux se soutient ; la médecine de la veille a bien agi ; 
les pulsations de la tumeur n’ont plus lieu que dans sa partie ex- 
terne : lorsqu’on la presse, la malade souffre encore à la tête. On 
retire les points de suture , et la plaie parait profondément réunie. 

Cet état satisfaisant se continua et fit même de continuels progrès 
jusqu’à trois semaines après l’opération. La malade s’enrhuma alors , 
but quelques liqueurs , et fut affectée d’une toux violente accompa- 
gnée de fièvre. Ce qui restait de la tumeur s’accrut alors et devint le 
siège de pulsations plus fortes ; mais ces symptômes nouveaux furent 
calmés à l’aide de petites saignées répétées , et la convalescence reprit 
sa marche. 

Cependant , trois semaines encore après la disparition de ces ac- 
cidens , les jambes s’cudématièrcnt , et le stéthoscope fit reconnaître 
l’existence d’une hypertrophie du cœur. Malgré l’emploi des moyens 
es mieux indiqués, la malade mourut le 29 mars 1827, sans avoir 
jamais accusé ni de la douleur, ni aucun symptôme qu’on pût attri- 
buer à l'anévrysme à l’occasion duquel elle avait subi l’opération. 

11 importe de noter toutefois que, jusqu’à l’époque de la mort , il 
resta au cou une tumeur du volume d’une amande , présentant de 
fortes pulsations , dont les parois semblaient amincies, qu’il était fa- 
cile de vider par la pression , mais dans la cavité de laquelle le sang 
revenait avec rapidité aussitôt qu’on cessait de l’affaisser. 

A l’ouverture du cadavre , on remarqua que cette tumeur avait 
disparu ; le cœur offrait des deux côtés une telle hypertrophie , qu’il 
était triplé de volume. Le péricarde semblait avoir été plusieurs fois 
enflammé , à en juger par le nombre et L’épaisseur des fausses mem- 
branes qui le tapissaient. Il existait à l’intérieur de l’aorte et du tronc 


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( 4 > ) 

innommé une grande quantité de petites taches jaunes , présentant 
des traces d’ossification, l/artère carotide droite , immédiatement 
après son origine , présentait ,une dilation manifeste t en rapport avec 
la tumeur qui existait pendant la vie. Cette portion dilatée avait uu 
pouce environ d’étendue; ses parois étaient plus minces que celles des 
parties saines du vaisseau. La surface interne de celui-ci offrait un 
grand nombre de petites portions de substance jaune, ou plutôt de pe- 
tits noyaux d’ossification. Nulle part on n’a|>erçut sur l’artère la moin- 
dre cicatrice , et aucun vestige ne put indiquer le lieu précis où la li- 
gature avait été placée. La carotide , dans toute son étendue , ainsi que 
ses dernières branches , donnaient passage au sang ; la thyroïdienne 
supérieure seule était obstruée par un caillot de lymphe organisée. 
Un grumeau semblable remplissait également la cavité de l’artère 
vertébrale du côté droit. 

En rapprochant les tégumens du tronc de la carotide mis a décou- 
vert, ou put constater que le grand diamètre de la cicatrice cutanée 
croisait à peu près à son centre,, la direction de l’artère à un demi- 
pouce environ au-dessous de sa division en carotide externe et in- 
terne. Un tissu cellulaire d’apparence fibreuse existait entre ces par- 
ties et adhérait non-seulement à la carotide mais encore à la huitième 
paire. 

Réflexion s. 

L’observation dont on vient de lire les détails fait naître dans l’esprit 
des réflexions de plus d’un genre : et d’abord , on serait tenté de 
douter que le tronc de la carotide primitive ait été effectivement lié , 
si l’habileté bien connue de M. Wardrop, et les phénomènes pri- 
mitifs qui suivirent l’opération , tels que l’affaiblissement des pul- 
sations de l’artère temporale droite et l'inégalité du pouls aux deux 
bras ne venaient dissiper une incertitude d’ailleurs facile à justifier. 
Comment se fait-il , qu’avant l’opération , l’hypertrophie énorme du 
cœur, qui devait: certes déjà exister, quoique peut-être à un plus 
faible degré, u’ait pas été reconnue et ne fut mise en 1 aucune con- 


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( 44 ' 

sidération dans la balance des avantages ou des irtconvéniens présumés 
de la ligature? Le tronc de la carotide primitive n’est pas un vaisseau 
dont l'oblitération puisse étre sans importance chez un sujet dont les 
ventricules, et surtout le vènlricule aortique', ont augmenté d'irrita- 
bilité et de puissance. La maladie peut alors dépendre de cette lésion 
du centre circulatoire , et l’on peut prédire que la ‘ligature ne fera 
qu’ajouter à. la rapidité de ses progrès. 

Tel nous parait avoir été le cas de la malade opérée par M. War- 
drop. Les saignées et le régime avaient d’abord amélioré son état ; on 
devait 4 suivant nous , insister sur ces moyens j usqu’à ce que l’nrtérite 
et la card’rte , dont les traces se sont montrées après la mort , et 
qu’un examen attentif des symptômes eut fait reconnaître sans doute 
pendant la vie , se fussent dissipées ou considérablement amoindries. 
Après une ligature faite aussi près du cœur et snr un tronc aussi volu* 
minoux que celui de la carotide primitive , on ne pouvait trop insister 
sur l’emplor des moyens propres à calmer la susceptibilité du centre 
circulatoire; car on sait combien les oblitérations artérielles et surtout 
les amputations des . membres disposent aux irritations du coeur et 
à dep dilatations anévrysmales. > 

J’insiste sur ces remarques . parce qu’elles ajoutent une force nou- 
velle à cette vérité, que la chirurgie et ses opérations ne sont , en un 
très-grand nombre de cas , réellement salutaires qu’autaut qu’on pré- 
pare et qu'on assure leurs succès par un judicieux emploi des moyens 
médicinaux. 

Il est fort remarquable que , d’une part , le sang ramené dans la 
carotide liée par ses branches supérieures, et de l’autre, celui qui 
était lancé par le cœur se soient tellement rapprochés de la ligature, 
que celle-ci ait disparu sans laisser la moindre oblitération dans 
l’endroit qu’elle étreignait. On serait tenté de croire qu’abandonnée 
à efe-méine incarcérée a.i milieu des parties vivau tes et composée 
peut-être d’uo tissu très-fragile elle su sera ou relâchée ou rompue , 
sans avoir coupé les tuniques interne et moyenne du vaisseau et 
avant que celui-ci ait . été le siège d’aucun travail d’oblitération. Il se 


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( 45 ) 

pourrait aussi que la matière animale èt absorbable du lieu ait été 
telle qu’il eut été prématurément décomposé et absorbé , ce qui , 
si cela était démontré, ne serait pas sans importance relativement 
à l’emploi des ligatures de ce genre. Au surplus , ces hypothèses sont 
les seules qui se concilient avec les faits indiqués dans l’aùtopsie ca- 
davérique , les phénomènes observés aussitôt après l'opération et l’es- 
time que mérite l’opérateur. 

Enfin , il n’ést pas moins digne de profonde considération , que 
la tumeur anévrysmale soit restée, presqu’à l’instant de la mort, libre, 
perméable au sang , et que ses parois aient même acquis plus de té- 
nuité , et, par conséquent moins de force , sans que , sous l’influence 
d’un cœur hypertrophié , la dilatation ait' repris sa marche crois- 
sante. Ce fait ne saurait être expliqué par l’oblitération de la ca- 
rotide au-dessus de l’anévrysme , puisque sa perméabilité au sang 
s’était conservée ou reproduite. 

' Ou cette observation manque de détails susceptibles de démontrer 
qu’elle ne s’écarte pas des règles générales jusqu’à présent fondées sur 
l’expérience ,' ou elle est destinée à former, relativement à ces règles , 
Une exception qu’on ne peut que constater, et dont les causes restent 
couvertes d’une obscurité profonde ; ou bien , enfin , ce que nous ne 
pouvons admettre qu'avec répugnance , l’opérateur aurait été le jouet 
d’une étrange illusion et n’aurait ni lié la carotide, ni par conséquent 
observé aucun des résultats de cette ligature. 

i 

111*. OBSBRVATIOR. 

Anévrysme de l’artère carotide primitive du côté droit. — Opération 
suivant la méthode de Brasdor. — Guérison apparente de la malade. 
— Hémorrhagie consécutive. — Mort. — Autopsie du cadavre. Par 
M. James Lambert , chirurgien à Walworth (1). 

Une femme , âgée de quarante-neuf ans , vivant avec parcimonie, 


(1) The Lancet, vôl. îa, 1837. 




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( 46 ) 

vint consulter M. Lambert dans les premiers jours de janvier 1827. 
Elle portait au côté droit du cou une tumeur pulsatile , placée immé- 
diatement au-dessus de l’extrémité sternale de la clavicule, couverte 
en partie par le muscle sterno-cleido-mastoïdien , et présentant tous 
les caractères d’un anévrysme. Cette tumeur semblait , au premier 
abord , de la grosseur d’une noisette; mais, en l’examinant avec at- 
tention , elle se montrait beaucoup plus considérable et s’étendait en 
arrière et en bas , comme si elle sortait de la poitrine. 

Deux ans auparavant , la malade avait éprouvé de violens chagrins; 
depuis lors , des tremblemens et des palpitations se manifestaient à la 
suite du moindre exercice et même à l’occasion des occupations ordi- 
naires ou des plus faibles impressions morales. Lorsqu’elle voulait se 
baisser, la malade éprouvait un sentiment de strangulation, qui suivait 
aussi le mouvement d’élever le bras droit pour le porter à la tête, 
l'ne toux provoquée par le chatouillement de la trachée-artère , un 
sommeil fréquent, interrompu par des rêves efifrayans, de l’inappé- 
tence , de la sécheresse à la gorge , une maigreur extrême , tels étaient 
les symptômes accessoires qui compliquaient l’affection principale. 
La malade se plaignait encore d’y voir moins de l’œil gauche que de 
celui du côté droit , surtout lorsque la circulation était accélérée; et 
en explorant les battemens du cœur , on sentait qu’ils soulevaient 
tous les points de la poitrine. Le pouls était vibratile ; les battemens 
de la carotide droite se faisaient sentir dans toute la longueur de son 
trajet au cou ; la tumeur elle-même n'avait été aperçue par la malade 
que quelques mois auparavant , où elle remarqua les pulsations qu’elle 
produisait. 

Il était impossible de douter de la nature anévrysmale de la ma- 
ladie, et la ligature placée au-dessus d'elle parut le seul moyen qui 
pût en empêcher les progrès. Malgré l’avis contraire de MM. Aetley 
Cooprr, Key y B. Cooper et Callamay, M. Lambert, fortifié parlesencou- 
ragemens de MM. Wakely et W ardrop , pratiqua cette opéralionle r r . 
mars 1827. La tumeur avait pris , depuis quinze jours , un grand ac- 
croissement; mais la santé générale était devenue meilleure sous l’in- 


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( 4 ; ' 

fluence d'infusions amères avec du carbonate de soude , et par l’at- 
tention de maintenir la liberté du ventre. 

L’opération ne présenta rien de particulier. Après une incision de 
trois pouces de longueur faite aux tégumens externes, et une dissec- 
tion assez laborieuse et prolongée, une ligature simple fut enfin passée 
‘ sous le vaisseau , à l’aide de l’aiguille de Bremner , immédiatement 
au-dessus du point où il est croisé par le muscle homoplato-hvoidien. 
La carotide en cet endroit parut dilatée, mais d’ailleurs saine ; les fils 
furent coupés au niveau du nœud , et les lèvres de la plaie réunies 
au moyen d’un point de suture et de quelques emplâtres agglutinatifs. 
Il est à remarquer que le tronc du pneumo- gastrique ne fut pas 
aperçu durant l’opération. 

Celle-ci fut supportée avec courage. Lorsqu’elle fut terminée , là 
malade éprouva une légère faiblesse suivie de nausées, et ensuite de 
violens efforts de-vomisseinens. Vers le soir , l’estomac paraissant tou- 
jours irrité , on administra vingt gouttes de vin d’opium, qui calmè- 
rent son agitation. 

Aussitôt après la ligature, la tumeur diminua notablement de vo- 
lume , et ses pulsations devinrent moins violentes. 

La nuit qui suivit l’opération fut calme. Le lendemain, le pouls était 
plus fort à droite qu’à gauche ; les palpitations ne se faisaient plus 
sentir , et les fonctious cérébrales n’éprouvaient aucun dérangement. 

L’appareil fut levé , et le point de suture ôté le troisième jour. La 
tumeur anévrysmale était tellement affaissée , que la place quelle oc- 
cupait n’était reconnaissable que par les faibles pulsations qu’on y 
sentait encore : elle était devenue plus solide , et s’était réduite de 
beaucoup. La malade se trouvait , sous tous les rapports , dans l’état 
le plus satisfaisant ; elle n’avait pas dormi aussi bien depuis deux ans, 
et son sommeil n’était plus troublé par des songes pénibles comme 
autrefois. 

Ce mieux se soutenait, et faisait même des progrès , lorsque, dix 
jours après l’opération , deux ou trois dragmes de sang vermeil sor- 
tirent tout è coup de la plaie, et se répandirent sur le cou de la ma- 


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( 48 ) 

lade. La partie supérieure de la division cutanée était réunie ; l'infé- 
férieure, où la suture avait été pratiquée suppurait encore; mais elle 
fournissait un pus dé bonne qualité. Une compresse , pliée en plu- 
sieurs doubles et imbibée d’eau froide , fut appliquée sur die. ^ hé- 
morrhagie ne reparut plus , et' la cicatrisation continua, dé faire des 
progrès. La santé s'affermissait d’ailleurs de plus en plus; et toutes 
les fonctions étaient exécutées <avec une liberté parfaite. La tumeur 
avait entièrement disparu , et l’on ne sentait à sa place qu’un petit 
noyau dur, agité par un léger frémissement. 

Cinq semaines après l’opération , la cièatrice s’ulcéra à son centre ; 
une petite granulation fongueuse et rougeâtre s’en éleva , et ne put 
être réprimée qu’avec beaucoup de peine. 'Au 17 avril,. elle existait 
encore grosse comme l’extrémité mousse d’un stylet, et la malade se 
plaiguait d’éprouver dans la plaie de là douleur et des élancemcns 
Le jour suivant , une hémorrhagie subite et considérable se mani- 
festa ,et fut encore arrêtée par l’application de linges mouillés sur le 
cou. Des nausées et des efforts de vomissement eurent lieu pendant 
la journée. Le 19, l’hémorrhagie reparut, et se renouvela par inter- 
valles jusqu’au a3; elle ne revint pas jusqu’au 3ô; mais le 1**. mai, 
elle revint avec tant de violence , que tous les efforts tentés pour 
ranimer la malade furent inutiles , et que la mort eut lieu à onze 
heures du matin. 

L’autopsie du cadavre permit de constater les dispositions sui- 
vantes : 

j 1 

Aucune tumeur n’était perceptible à l’extérieur ; plus de la moitié 
de lg cicatrice était ulcérée , et laissait une plaie béante et en appa- 
rence ramollie. .... 

La crosse de l’aorte. semblait dilatée; le feuillet cardiaque du péri- 
carde était recouvert d’une couche Gbrineuse ; le poumon et le cœur 
lui-inérae n’offraient aucqne altération. . 

La carotide primitive droite , la veine, jugulaire- interne , le nerf 
vague et la gaine oelluieuse eoviroanante étaient fortement unis , spé 


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(49 ) 

cialement derrière la cicatrice , et par conséquent un peu au niveau 
de la plaie externe. L’ulcération cutanée s’étendait jusqu’à l’artère. 

En examinant les vaisseaux , on ne trouva rien de particulier dans 
le tronc innoininé , non plus que daus l’artère sous-clavière droite. 
A la naissance de la carotide primitive correspondante existait une 
tumeur solide, de forme pyramidale, ayant la base tournée en bas , 
et dont le sommet s’élevait à deux pouces environ le long de l’artère. 
Cette tumeur avait inférieurement un demi-pouce de largeur. Une 
sonde portée dans l’artère innommée ne pouvait entrer dans celte 
partie de la carotide , et de l’eau injectée avec force n'y pénétrait pas, 
tant elle avait été solidement obturée. En ouvrant la tumeur, on 
trouva que sa partie inférieure contenait un coagulum assez ferme, 
du volunie d’une olive , et qui fermait complètement l’ouverture de 
la base de la carotide. Les tuniques artérielles avaient sur ce point 
quadruplé d’épaisseur, et étaient tapissées d’une légère couche fi- 
brineuse. Au-dessus du coagulum , cet épaissement était plus consi- 
dérable encore, et allait en s'augmentant, jusqu’à oblitérer complète- 
ment le canal de l’artère. 

La ligature avait été placée au-dessus de ce point épaissi , à l’en- 
droit où le muscle omoplato-hyoïdien croise la direction de la caro- 
tide ; aussi là existait , sur la face antérieure et trachéale de ce vais- 
seau , une ouverture ulcérée, ayant un quart de pouce de longueur, 
sur un peu moins de largeur, recouverte de lymphe plastique, et 
communiquant avec la plaie extérieure des tégumens. La partie su- 
périeure de l’artère était saine , libre , remplie de sang coagulé, et 
ne présentait que quelques taches blanchâtres , semblables à celles 
qui existaient à la face interne du tronc brachio-céphalique. 

La thyroïdienne supérieure, située un peu plus haut qu’à l’ordinaire, 
recevait avec facilité l'injection aqueuse colorée , poussée par la cour- 
bure aortique, laquelle injection, passant par la carotide gauche, 
était ramenée , à l’aide des anastomoses , dans le tronc de la caro- 
tide externe droite, puis de là dans l’interne, et sortait enfin par la 
plaie. 

7 


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I 



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I ! ’ 

1 



I 

f 


(5o) 

Ri/U wm. 

Les larges communications qui existent entre les artères carotides, 
et sur lesqnelles repose l’innocuité jusqu'à présent constatée de la li- 
gature d’un de ces vaisseaux , sont devenues , dans le cas précédent , 
la cause principale des hémorrhagies répétées dont la mort de la ma- 
lade a été le triste résultat. Faut-il attribuer à lartérite chronique, 
à l’altération manifeste , quoique peu avancée encore , des toniques 
artérielles , l’ulcération du vaisseau par laquelle le sang , ramené des 
parties supérieures à la ligature, est arrivé au dehors? ou bien cette 
ulcération s’est-elle formée sans cause appréciable , et par suite de 
dispositions organiques., impossibles à prévoir aussi-bien qu’à recon- 
naître? La première de ces opinions nous semble la plus probable, 
et l’artérite aigue ou chronique est , selon toute apparence, la cause 
la plus générale des ulcérations artérielles, et par suite des hémor- 
rhagies consécutives , après l’application d’ailleurs méthodique des 
ligatures. 

Fallait-il , après avoir reconnu la véritable source de l’écoulement 
sanguin qui menaçait la vie de l’opérée , recourir à une seconde liga- 
ture placée au-dessus de l’ulcération du vaisseau? Ce procédé aurait 
vraisemblablement échoué, les mêmes dispositions à l’érosion existant 
encore , et devant reproduire , autant qu’on peut le présumer, les 
mêmes effets. Cependant il était indiqué d’essayer cette dernière res- 
source , ne fùt-ce que pour ne pas avoir à regretter la négligence 
d’aucun moyen , et pour se conformer ù cet adage si connu.: Meiius 
est ancept experiri remedium quum nullum. 

Jo ne terminerai pas ces remârques sans demander si l’on ne doit 
pas. attribuer les. nausées , les vomiseemens , les accidens nerveux qui 
suivirent immédiatement l’opératipn et se continuèrent quelque temps 
après , à ce que quelques branches des nerfs qui accompagnent la 
carotide primitive , et peut-être le tronc pneumogastrique lui-même, 
ont été compris dans la ligature. Bien , dans le récit de l’ouverture 



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( 5i ) 

du cadavre., ®e contredit çetto conjecture , qti appuve , ira contraire « 
la manifestation des symptômes insolites observés chez la malade de 
M. Lambert , symptômes quon sait être étrangers à la ligature des 
artères en général , et malgré la proximité du cerveau , ainsi qüe de 
la poitrine , à celle du tronc de la carotide primitive. 

Ouant à l’anévrysme lui-même, sa situation sur l’origine de Tarière 
malade , et sans qu’aucune branche prit naissance entre lui et le point 
où fut placée la ligature , explique assez bien comment celle-ci a pu 
déterminer la coagulation du sang dans sa cavité , l’oblitération du 
vaisseau , et par suite la cessation de la maladie , qu’on peut consi* 
dérer comme se trouvant guérie , lorsque , par l’effet de circonstances 
accidentelles et étrangères à sa présence , la mort a eu lieu. 

IV*. OBSERVATION. 

Anévrysme considérable de f artère carotide . -—Ligature pratiquée au- 
dessus de la tumeur . — Guérison du sujet . Par M. J . Bush , professeur 
d’anatomie à New-Yorck ( i ). 

Marie Covis, âgée de trente-six ans, sentit pour la première fois, 
en mars 1826, à la partie inférieure et antérieure droite du cou, une 
petite tumeur qui s’accrut graduellement, et qui, en septembre 1837, 
s’étendait de la clavicule au niveau de l’os hyoïde, comprimait la tra- 
chée-artère en la repoussant du côté opposé , et soulevait fortement 
le muscle sterno-cleido-mastoïdien , dont elle dépassait le bord ex- 
terne d’environ un pouce. Cette tumeur était solide à sa circonférence, 
molle à son centre , susceptible de diminuer par la pression , offrant 
des pulsations isochrones aux battemens des artères, et recouverte 
par des tégumens non amincis , que parcouraient des veines vari- 
queuses. Le stéthoscope indiquait à la fois et le bruissement anévrys- 
mal de la tumeur, et l'existence d’une hypertrophie manifeste du 

* I fc . M i m ». ■ . i r« > » i » — ^w 

(1) The Lancet, vci. 1 , iSa8. 


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( 5 * ) 

cœur, La malade était très-amaigrie , et éprouvait beaucoup de gène 
durant la respiration et la déglutition. Ces accidens s’accrurent et 
devinrent tels, que, malgré l’avis contraire de plusieurs praticiens, 
M. Bush , ne voyant pas d’autre moyen d’arracher la malade à une 
mort inévitable et prochaine , résolut de pratiquer la ligature au- 
dessus de l’anévrysme. 

L’opération eut lieu le 11 septembre 1827, en présence de 
MM. Clarke, Burton , Datm et quelques autres praticiens. La femme 
Covis ayant été convenablement placée sur une table garnie d’un mate- 
las. une incision fut pratiquée aux tégumens, depuis l’angle de la mâ- 
choire du côté droit jusqu’à deux pouces plus bas et en avant. La veine 
jugulaire externe croisait le milieu de cette plaie ; le chirurgien la coupa 
entre deux ligatures; puis, ayant incisé le muscle peaucier, il arriva 
au bord antérieur du stemo-inastoïdien. La découverte de la gaine 
des vaisseaux et l’isolement de la carotide offrirent de grandes diffi- 
cultés, à raison de la distension de la jugulaire interne, ainsi que du 
déplacement que la tumeur avait produit dans les parties , et de la 
profondeur à laquelle la saillie qu’elle formait les faisait paraître. Ce- 
pendant on employa une simple ligature de soie placée sur l’extrémité 
de la carotide, qui était dilatée jusqu’à un pouce de sa bifurcation. 

Immédiatement après la constriction du fil de soie, M. le docteur 
Clarke observa que l’anévrysme devint plus mou et moins proémi- 
nent qu’avant l’opération. La malade, qui, depuis le g du mois, 
n’avait presque rien ingéré , put avaler , avant même la réunion de 
la plaie, dix onces de vin étendu d’eau, et remercia le chirurgien 
du soulagement qu’il venait de lui procurer. 

Jusqu’au quatorzième jour depuis l’opération, quatre petites sai- 
gnées , destinées à diminuer l’activité vasculaire, à soulager le côté 
droit du coeur, et quelques minoratifs doux pour maintenir la liberté 
du ventre , furent successivement employés. La déglutition reprit sa 
liberté; la malade put faire d’abord usage d’alimens légers, .puis de 
plus substantiels ; les nuits devinrent calmes , sans retour d’orthop- 
née, et la tumeur diminua rapidement de volume, en même temps 


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( 55 ) 

que ses pulsations se firent sentir avec une faiblesse toujours crois- 
sante. Le 19 juin, la ligature tomba; la plaie était guérie le 37 : la 
tumeur n’avait plus'que la moitié environ de son développement, et, 
le 19 avril 1828, à peine en apercevait-on quelques vestiges. Le cœur 
avait repris son activité normale ; la respiration , ainsi que la dégluti- 
tion , s’exécutaient librement, et la guérison était complète (1). 

Aucune observation plus que celle-ci n’est propre à démontrer les 
avantages que peut présenter la méthode de Brasdor et encourager à 
y recourir dans les circonstances favorables à sa réussite. 

Y*. OBSERVATION. 

Anévrysme du tronc brachio-céphalique et de l’origine de la carotide. — 
Ligature de la carotide primitive. — Apparence de retour de la tumeur. 
— Opération nouvelle. — Guérison du sujet. Par M. Evans, chirur- 
gien à Belper (2). 

W. Hall , âgé de trente ans, d’une constitution athlétique , et accou- 
tumé â un exercice prolongé et très-fatigant à cheval , avait toujours 
joui d’une santé excellente, lorsqu’il fut atteint d’un violent accès de 
toux , accompagné de dyspnée et d’un sentiment d’oppression. La 
bronchite qui suivit cette brusque invasion se termina par l’expecto- 
ration abondante de mucosités légèrement colorées de sang. La toux 
revenait de temps à autre , par paroxysmes très-intenses , avec menaces 
de suffocation. Le 10 mars 1828, après un de ces accès, il aperçut, 
derrière l’articulation sterno-claviculaire droite, et s’élevant un peu 
au-dessus d’elle , une tumeur molle et pulsative de la grosseur d’une 
noix, que recouvrait la portion sternale du muscle sterno-cleido-mas- 
toïdien. La pression diminuait le volume de cette tumeur sans la faire 


(1) Dans son remarquable ouvrage, M. Guthrie affirme qu’à l'époque où il 
écrivait ( i 83 o) la malade vivait encore et se portait bien. 

(a) The Lancet, vol. 1, nov. 1828. — Guthrie, on the diseases and incuries of 
arteries. 


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( 54 ) 

disparaître ; ses pulsation» étaient isochrones aux mouvomens du 
pouls , et augmentaient par la compression de l’artère sous-clavière 
droite ; les battemens de ce vaisseau , ainsi que ceux de la carotide 
correspondante , étaient plus forts qu’à gauche; mais il n’y avait au- 
cune différence entre le pouls des deux artères radiales. 

Les symptômes de la bronchite se calmèrent et disparurent peu de 
temps après l’apparition de la tumeur, dont la nature et le siège précis 
furent aisément reconnus. Après quelque dissideuce entre divers chi- 
rurgiens appelés à donner leur avis sur le mode de traitement qu’il 
convenait de lui opposer, on résolut de soumettre le malade à la mé- 
thode débilitante de V atsalva. Il supporta les privations et la rigou- 
reuse abstinence qu’elle impose avec une admirable résignation. 

Commencé le \ 3 avril , vingt-quatre jours après la première appa- 
rition de l’anévrysme, ce traitemeut fut continué dans toute sa ri- 
gueur jusqu’au i 3 juillet suivant. Il parut d’abord produire de bons 
effets; la tumeur diminua de volume ^ le pouls de force et de 
fréquence , et l'on put croire que du coagulum se déposait dans le 
kyste. Au commencement de mai, à la suite de quelque nourriture 
animale, des symptômes d’excitation vasculaire se manifestèrent; la 
tumeur s’éleva rapidement, devint douloureuse , et il fallut appliquer 
sur elle des sangsues, qui restèrent sans effet. Ces accidens se calmèrent 
toutefois graduellement , et l’anévrysme, après avoir diminué de nou- 
veau de volume, redevint stationnaire jusqu’au i“ juillet; mais de- 
puis ce jour jusqu’au 20, il augmenta considérablement, et s’éleva 
jusqu’au niveau du cartilage crictüde, gênant la respiration et la dé- 
glutition par la pression qu’il exerçait sur la trachée-artère^ Le «sage 
pâlit, le pouls devint plus faible, et il fut évident que le traitement 
déplétif ne pouvait être prolongé davantage sans danger. 

L’opération selon la méthode de Dratdor , qui dès le début avait 
paru indiquée, fut alors jugée indispensable et pratiquée le 22 juillet, 
en présence de MM. Bennett et Brown , de Derby, ainsi que de plu- 
sieurs autres praticiens. 

L’exécution du manuel opératoire n’offrit rien de particulier. La 


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( 55 ) 

hauteur considérable jusqu’à laquelle: s’élevait la tumeur rendit 
seulement un peu difficile l’isolenieiit de la carotide v qui d!ailteurs 
était saine , et fut liée avec uni simple fil de soie. Aussitôt après la 
coQStricliou opérée par ce lieu., les pulsations cessèrent dans la caro- 
tide externe ; on ne sentit plus qu’un léger frémissement dans les 
branches de la temporale; mais les battemens de l’anévrysme n’éprou- 
vèrent pas de diminution; ils ne commencèrent à perdre de leur 
intensité que les jours suivans ; alors le pouls était plus fort à droite 
qu’à gauche. Le a 5 , il y eut de la fièvre, et il fallut saigner l’opéré. 
La tumeur devînt douloureuse, battit avec plus de force, et la phlé- 
botomie fut réitérée le 26. Une exacerbation nouvelle des symptômes 
eut lien le 27 ; le 28 , l’amélioration était manifeste , et se soutint pen- 
dant toute la journée. 

Mais, le 29, les accidens reparurent tout à coup; le malade sembla 
prêt à mourir : le visage était très-pâle et couvert de sueur; râle tra- 
chéal , impossibilité d’avaler ; pouls à peine perceptible à droite , 
mais aussi fort à gauche que le jour précédent; salivation. Cette état 
ne dura que quelques heures , après lesquelles le malade se retrouva 
aussi bien qu’auparavanl , à l’exception du flux salivaire qui persista 
au même degré jusque vers le milieu de septembre. 

L’amélioration qui succéda si heureusement à des accidens si for- 
midables et si rapides se soutint cependant, et fit même chaque jour 
des progrès. Un fait remarquable, qu’on observa le 29 juillet, hui- 
tième jour de l’opération, est l’oblitération des artères du bras et de 
l’avant-bras du côté droit : jusque-là le pouls y avait été plus fort 
qu’à gauche ; mais alors il diminua graduellement, et finit par dispa- 
raître. Cette oblitération fut accompagnée de douleurs vives quoique 
non-continues, le long de ^artère axillaire et brachiale; celle-ci de- 
vint dure et douloureuse au toucher, comme un vaisseau lympha- 
tique enflammé. Le bras droit maigrit , et fut frappé dé demi-para- 
lysie. Cet état fit des progrès pendant trois semaines, époque à laquelle 
on remarqua que des branches anastomotiques s’étaient développées 
et battaient avec vigueur sur le dos du bras. À mesure qu’elles s’élar- 


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( 56 ) 

girent la nutrition du membre reprit de l'énergie , mais avec beau- 
coup de lenteur; car aujourd'hui, 29 octobre, il n’est pas encore 
entièrement revenu à son état normal de sensibilité et de force. 

Des phénomènes analogues se manifestèrent à la tête vers le onzième 
jour depuis l’opération : le côté droit de cette partie devint le siège 
de violens paroxysmes de douleurs , qui se dissipèrent peu de temps 
après. La moitié droite de la tête et du visage s’œdématia, et, lorsque 
ta tuméfaction y fut tombée, on put remarquer qu’elle était moins 
volumineuse que la moitié opposée. Depuis ce temps, le sang étant 
abondamment revenu aux artères temporale et faciale , cette éma- 
ciation des régions correspondantes à la ligature a presque entière- 
ment disparu. 

Trois semaines après l’opération le malade put se lever et s’asseoir 
à table ; il sc plaignait alors de faiblesse et d’engourdissement dans 
tout le côté droit du corps. Les pulsations de la tumeur, qui étaient 
plus fortes qu’avant la ligature, commencèrent à diminuer vers le i5 
août , et dès le 27 elles avaient cessé à ce point, qu’on doutait si elles 
étaient l’effet du passage du sang dans la tumeur, ou d’une irnpul- 
tion qui lui aurait été communiquée par les vaisseaux environnans. 
Au bout de cinq semaines, le rétablissement était assez avancé pour 
que la promenade en cabriolet ou à cheval fût facilement supportée; 
et depuis lors la santé a continué de s'affermir de plus en plus. 

L’oblitération de l’artère brachiale est définitive: 011 sent les pulsa- 
tions de l’axillaire au niveau du tendon du grand dorsal; le pouls de 
l’artère radiale est à peine perceptible; le côté droit du corps est 
encore plus faible que le gauche; la tumeur, qui a diminué d’un tiers 
environ, est ferme et solide : en pressant sur son sommet on y dis- 
tingue une pulsation faible et profonde f qui se perd entièrement lors- 
qu’on la saisit d’un côté à l’autre. 

Le i3 octobre, la plaie du cou était presque cicatrisée, et comme 
la ligature qui tenait encore irritait la plaie, on en fit la section au 
niveau des tégumens. 


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( *7 ) 

Àrriyé à ce degré presque complet de rétablissement, et la tu- 
meur étant devenue stationnaire , le malade se crut définitivement 
guéri. Il négligea les conseils qui lui avaient été donnés, reprit gra- 
duellement son ancienne manière de vivre, ainsi que ses travaux, et 
commit même plusieurs excès. Vers le milieu de juin, il éprouva un 
catarrhe léger, qui ne fixa qu’à peine son attention ; mais peu de temps 
après on observa que le sac anévrysmal augmentait de volume. Dans le 
courant des six semaines suivantes une seconde tumeur se manifesta, x 
vers l'autre côté du sternum, couverte par le muscle sterno-cleïdo- 
mastoïdien gauche, mais se rattachant évidemment à la portion 
primitive de l'anévrysme. 

Examinée avec beaucoup de soin , le 27 août 1 829 , la tumeur placée 
à la base du cou présente une forme irrégulière , bosselée, et divisée 
en trois lobes distincts ; sa partie moyenne et la plus saillante , qui 
constitue l'anévrysme primitif, est dure et résistante, comme si des 
caillots fibrineux et solides la remplissaient exclusivement; les deux 
autres divisions sont , au contraire, molles, fluctuantes, et paraissent 
ne contenir que du sang liquide dépourvu de coagulum. Une commu- 
nication manifeste existe entre toutes ces parties; car la pression et la 
percussion exercée 6ur une d’elles retentissent dans les autres, ainsi 
qu’on l’observe dans les collections purulentes. On ne sent nulle part 
des pulsations; mais le stéthoscope fait entendre très-profondément un 
bruissement pulsatif, isochrone aux mouvemens du pouls, et qui 
s’étend à toute la longueur de l'aorte jusqu’au cœur. La pression 
n’exerce sur le volume de la tumeur aucune influence; la respiration 
ni la déglutition ne sont gênées, excepté lorsque le malade monte ra- 
pidement un escalier ou, une colline. La santé générale est d'ailleurs 
excellente, la fatigue est aisément supportée ; et, quoique le bras droit 
n'ait pas encore un volume égal à celui de l'autre côté, il a cependant 
repris de l'embonpoint , de la vigueur et remplit assez bien ses fonc- 
tions. 


8 


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( 58) 


i 


Réflexion*. 

Au lieu de me livrer à des conjectures sur l’issue définitive de la 
maladie de Hall, j’ai préféré écrire à M. Evans, et solliciter de lui les 
renseignemens qu’il pouvait avoir recueillis sur la situation de ce ma- 
lade. Je me plais à lui témoigner ici la reconnaissance que j’éprouve 
pour l’obligeance avec laquelle il m’a répondu.- Je ne saurais mieux 
faire que d’insérer textuellement ici son intéressante lettré. 

Belper, 16 mai i83i. 

» Monsieur, 

-• Je suis heureux de vous apprendre que William Hall est tout à 
« fait bien. L’opinion que je hasardai dans ma lettre à M. GtUhru 

• était erronée, comme l’expérience le démontra plus tard ; car la tu- 
« meur se creva le 8 août 1 83o , et rendit environ vingt-quatre onces 

, • de pus. Pus tard, il sortit une quantité considérable d’une matière 
« jaune et luisante, ayant la consistance du lait caillebotté , mêlée 
» avec un grand nombre de petits poils , longs d’un è deux pouces. 
« Le sac se contracta beaucoup, mais rien n’indiquait une tendance 
« vers la guérison ; ceci m’engagea à pousser l’examen plus loin , et 

• après avoir élargi l’ouverture, j’aperçus deux tumeurs charnues 
« d’un volume considérable; elles étaient de la grosseur d’un petit 
« œuf de poule , et il y avait é leur surface plusieurs poils analogues 
« à ceux dont je viens de faire mention. Il était facile de s’assurer 
« que les tumeurs avaient leur origine dans l’intérieur de la poi- 
« trine. 

f Oo fit une ligature à la tumeur qui se présentait la première 
« aussi bas que possible derrière le sternum ; on la laissa tomber par 

• débris, et aussitôt que ceux-ci furent enlevés, on lia la deuxième 
« tumeur , qui fut enlevée en masse avec le bistouri aussi près de la 
« ligature que la prudence le permettait. Après cela , la cavité résul- 


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( $9 ) 

• tant de l’opération se contracta graduellement, et à la fin de no- 

• vernbre elle était tout à fait cicatrisée. 

« A présent, il ne reste plus rien d’aucune tumeur; et le malade 
< jouit d’une santé parfaite, bien que le bras droit ne lui soit pas 
« aussi utile que l’autre. 

« Dans le cas où vous voudriez me faire d’autres questions , je 
« m’estimerai très-heureux d’y répondre. 

« Je suis, en attendant, votre très-obéissant serviteur, 

D. Evans. 

Ces intéressans détails complètent l’histoire d’un des faits les plus 
remarquable que l’art possède relativement à l’application de la mé- 
thode de Brasdor. 

Les tentatives de M. Evam pour obtenir la guérison de l’anévrisme 
sans opération constatent de plus en plus ce fait , déjà depuis long- 
temps connu des praticiens, que le traitement débilitant de Valsalva , 
favorable peut-être contre les anévrysmes du cœur, est généralement 
inefficace lorsqu’on l’oppose à ceux des artères nées plus ou moins 
immédiatement de l’aorte. Ainsi que l’a fait observer un chirur- 
gien célèbre , les malades sous son influence perdent davantage en 
force qu’ils ne gagnent pair la diminution de la masse sanguine 
artérielle ; leurs tissus , privés de ressort par l’abstinence , se 
laissent plus aisément dilater , malgré l’affaiblissement graduel du 
centre circulatoire , qu’ils ne le faisaient lorsqu’ils opposaient toute 
leur énergie à toute la puissance d’impulsion de ce dernier. 

Un fait très-important qu’on put observer chez Hall', et qui doit 
être fort rare , puisqu’on n’en trouve pas d’autre exemple à la suite 
de la ligature de la carotide , est l’inflammation suivie d’oblitération 
dé l’artère brachiale droite. Pendant les quatre jours qui succédèrent 
i l’opération , la radiale droite battait plus fort que la gauche ; plus 
de sang était donc dirigé vers la sous-clavière , à raison de l’oblitéra- 
tion de la carotide. Ce surcroît dè liquide a-t-il trop vivement excité 
les vaisseaux qui le recevaient? A-t-il contribué à la phlogose , et par 


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( 6o ) 

suite à l'occlusion , dont ils devinrent le siège dans une grande partie 
de leur étendue? Rien , dans les lois les mieux constatées de la phy- 
siologie , ne s’oppose è l’admission de cette théorie. 

Les douleurs intermittentes Survenues dans le côté droit du visage 
et du cou , vers le onzième jour de l’opération , dépendirent proba- 
blement de l’extension de l'inflammation du sac anévrysmal jusqu’à la 
carotide, et aux divisions de la branche externe de ce vaisseau. 
La ligature elle-même, si elle ne s’est pas opposée à cette pro- 
pagation de l’irritation, a peut-être contribué par sa présence à la 
faire naître. On sait combien , malheureusement, la constriction des 
tuniques vasculaires au moyen des fils détermine fréquemment leur 
irritation aiguë, trop souvent ulcéreuse, et qui devient la cause pro- 
chaine d’hémorrhagies consécutives funestes. 

Ces faits étant admis , on se rend parfaitement compte de l’amai- 
grissement et de la faiblesse, puis du retour de l’embonpoint et de la 
force dans le bras droit et le côté droit dn visage et du cou , selon 
que la circulation, d’abord très-ralentie et très-imparfaite, dans ces 
parties , y a repris successivement sa liberté et son énergie. 

Il est permis de penser que si, malgré ces accidens qu’on ne pouvait 
prévoir, et dépendans de l’irritation du sac anévrysmal, ainsi que des 
gros vaisseaux nés du tronc brachio-céphalique; il estpermis de croire, 
dis-je , que si , malgré ces complications défavorables , la tumeur ané- 
vrysmale a graduellement diminué de volume , ce succès eût été bien 
plus prompt et plus complet, si rien n’était venu l’entraver. Le ma- 
lade fut évidemment amené , par l’opération , dans l’état le plus satis- 
faisant , dans les voies d’une guérison qui fut presque achevée , et qui 
ne resta imparfaite que grâce à ses fatigues , à ses excès et à son indo- 
cilité. C’est à ces causes qu’on doit attribuer chez lui le retour du 
mal, et ses progrès secondaires , qui auraient pu si facilement devenir 
funestes. 


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( 6 . ) 

VI*. OBSERVATION. 

Anévrysme dé fa carotide gauche. — Ligature au-dessus de la tumeur. — 
Ouverture consécutive du sac anévrysmal. — Guérison apparente. — 
Mort du sujet. Par M. A lexandre Montgomery t chirurgien de l’hôpital 
civil de l’île Maurice ( i ). 

Un nègre libre , âgé de quarante ans, entra le 20 février 182g à l’hô- 
pital civil de l’île Maurice. Il était atteint d’une tumeur anévrysmale 
du volume d’un petit œuf de poule, placée immédiatement au-dessus 
de l’extrémité sternale de la clavicule gauche , si près de cet os , 
qu’elle semblait s’enfoncer derrière- lui et avoir son origine dans la 
poitrine. Le malade était tourmenté par une toux déchirante , accom- 
pagnée de douleurs intenses dans la trachée-artère , et d’une abon- 
dante expectoration ; la voix était rauque , la physionomie anxieuse , 
le sommeil fréquemment troublé, l’amaigrissement considérable. 

Dès le 9 mars , le volume de la tumeur était devenu effrayant ; sa 
base correspondait au tiers interne de la clavicule, et son sommet s’é- 
levait de quatre pouces vers l’angle de la mâchoire inférieure, ce 
qui diminuait extraordinairement l’espace dans lequel la ligature 
pouvait être placée au-dessus d’elle. Cette opération fut cependant . 
pratiquée le 10 mars, suivant le procédé conseillé par M. Pf'ardrop. 

De la dyspnée*, de la difficulté dans l’action de la déglutition , une 
augmentation notable dans la violence de la toux, et la quantité de 
l’expectoration , tels furent les premiers effets de la ligature de la ca- 
rotide. Ces symptômes diminuèrent quelques heures après. On purge 
alors légèrement le malade,et vingt-cinq gouttes de teinture d’opium lui 
sont administrées pour la nuit. Le lendemain, 1 1 mars, de la teinture 
de digitale, à la dose de huit gouttes toutes les quatre heures, est pres- 
crite , afin de ralentir les pulsations du cœur, qui tombent à 7a par 


(1) G. -J. Guthrie , on the diseases and injuries of arterie». 


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( 6i ) 

minute. Le ta , la tumeur, dont les battemens avaient déjà graduel- 
lement diminué la veille , perd de son volume et présente une par- 
faite immobilité. La voix est plus claire; la difficulté dans la déglu- 
tition, quoique moins grande, que les jours précédens, se fait en- 
core sentir, et excite spécialement les plaintes du malade. Le pouls, 
remonté à 78 pulsations , est assez plein , mou , irrégulièrement inter- 
mittent, caractère qu’il n’a cessé de présenter depuis l’opération. On 
prescrit de nouveau une potion purgative, et une préparation séda- 
tive prise la nuit procurent un repos de cinq heures. 

Le 14, la tumeur a perdu la moitié de son volume; elle ne pré- 
sente aucun battement lorsque le malade se tient assis ; mais lorsqu’il 
se couche ou y sent des pulsations faibles et peu distinctes. Ou lève 
l’appareil, et aucune trace de réunion n’existe entre les lèvres de la 
plaie , qui est fort douloureuse. ( Mixture tonique amère , 1 5 trois 
fois le jour.) 

Le i 5 , huile de ricin une once; mixture contre la toux. Les jours 
suivans, les symptômes s'apaisent de plus en plus, et la tumeur di- 
minue encore de volume. L’huile de ricin est réitérée le 18. La plaie 
prend un bon aspect, et le 19 elle semble presque cicatrisée, bien 
que la ligature tienne encore à l’artère. Sur un des points de la tu- 
meur des battemens se font sentir; elle s’élève un peu et il semble 
que du pus doive prochainement s’en échapper. Le 20, l’opéré est très- 
bien ; cependant le soir une légère hémorrhagie a lieu par la plaie, 
le pouls est accéléré, une agitation générale sc manifeste, et des 
craintes d’une mort prochaine se font sentir. La veille, de l’infusiou 
de quassia, une once trois fois le jour, et des pilules de calomel 
avaient été administrées ; le jour même on prescrivit de la teinture 
de digitale vingt gouttes et quarante gouttes de teinture camphrée. 
Le 21, même état. (Huile de ricin une once.) Le aa , une forte hé- 
morrhagie suivie de frisson survint pendant la nuit; suspension des 
battemens sur le point culminant indiqué de la tumeur, qui ne 
s’ouvre pas. Deux hémorrhagies , faciles à arrêter, ont encore lieu 
dans le jour par la plaie. Le 23 , battemens considérables -dans la tu- 


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. ( 63 ) 

raeur, qui est tendue ; pouls irrégulièrement intermittent , constipa- 
tion. (Pilules de calomélas.) Le 24, huile de ricin une once. 

Le a5 mars, les symptômes sont calmés, les battemens de la tumeur 
diminuent , aucune hémorrhagie ne paraît. Le 26 , le pus fourni par 
la plaie est seulement un peu teint de sang. Le 27, une once d’huile 
de ricin est administrée ; on revient à ces médicamens le 29. Le 6 
avril , la constipation qui est revenue engage à administrer une potion 
purgative. Bien d’important ne se manifeste jusqu’au 29 mai : à cette 
époque, la partie élevée de la tumeur, qui s était de plus en plus 
ramollie , s’entr’ouvrit et donna issue à une matière purulente fétide 
de couleur de chocolat, dont la quantité fut évaluée à huit onces. 
Le 3o, l'appareil, dont l’ouverture avait été recouverte , était pénétré 
d’un pus fétide; et comme la crainte qu’on avait conçue de voir une 
hémorrhagie survenir par ce point était dissipée, on résolut d’agran- 
dir la petite plaie que la nature y avait faite, à l’aide d’une incision 
par laquelle six onces environ d’une matière semblable à la première 
s’échappèrent immédiatement. Le doigt porté dans le sac en ramena 
une quantité considérable de caillots et de lymphe visqueuse. Les di- 
mensions de cette poche étaient telles , que le doigt, en parcourant sa 
cavité, sentait la trachée-artère devenue singulièrement étroite, et 
plus profondément en arriéré la face antérieure des vertèbres cervi- 
cales; les muscles sterno -hyoïdiens, sterno-thyroîdiéns et sterno- 
cleido-mastoïdiens étaient isolés et comme disséqués. On sentait au- 
dessous de la ligature l’artère , qui était entièrement immobile. 
L’évacuation d’une aussi grande quantité de matières fit cesser la tu- 
méfaction du cou, rendit la respiration plus facile, la toux moins 
pénible et l’expectoration moins abondante. Le pouls, de 106 pulsa- 
tions , descendit à 8 1 . 

L’amélioration de la santé du malade fit de tels progrès, que le 8 
juin , il pouvait sortir, que la plaie était presque cicatrisée et qu’il 
n’existait plus de trace de l’anévrysme : celui-ci sembla définitivement 
guéri; toutefois quelques accidens oecasionés par l’irritation de la 
parotide et de la gorge survinrent encore et se dissipèrent successive- 


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( 64 ) 

ment. Le 3 juillet l’étal du malade était toujours satisfaisant, lors- 
qu’il fut subitement atteint d’une toux intense dont les efforts répétés 
lui firent rendre environ six onces de sang vermeil ; eu même temps 
que cette évacuation s’opérait, le pouls s’affaiblit, et tout fit présu- 
mer une mort prochaine , qu’on retarda bien par des moyens con- 
venables , mais qui survint enfin le 1 1 du même mois , à cinq heures 
du soir. 

A l’ouverture du cadavre on ne trouva plus de traces du sac ané- 
vrysmal. Le tronc de la carotide et celui de la jugulaire étaient obli- 
térés, le premier depuis la naissance de l’aorte jusqu’à sa bifurcation, 
le second dans une étendue correspondante. Entre l’origine de la ca- 
rotide gauche et celle du tronc brachio-céphalique existait, à la 
courbure de l’aorte , un anévrysme qui avait acquis le volume d’une 
orange. Lue lymphe plastique, solidement organisée, fermait l’ori- 
fice de la carotide et s’était opposé à l’abord ultérieur du sang dans 
la cavité du sac, après son ouverture. La carotide droite avait aug- 
menté de volume. 

Un épanchement de sérosité existait dans les deux cavités pleurales; 
le péricarde était distendu et contenait dix onces de liquide séro- 
purulcnt; le cœur était mou et -couvert d’une couche épaisse de 
lymphe coagulée et de pus grumeleux ;> une matière puriforme et 
spumeuse remplissait les bronches. Vers l’angle droit de la mâchoire 
inférieure se trouvait un abcès contenant une once environ de pus de 
mauvaise qualité. 

Réflexions. 

Ce malade est le second chez lequel des hémorrhagies successives 
eurent lieu par la plaie du cou , à travers laquelle la ligature avait été 
placée sur la carotide. Le sang a été ramené dans le vaisseau par 
sa partie supérieure ; et , bien que la mort n’ait pas été due à cet ac- 
culent , la possibilité de le voir survenir et compromettre les jours du 
malade doit être cependant prise en grande considération dans le 
calcul des chances attachées à la ligature de la carotide primitive. 


Digitii Dy L.OOQ Le 


( 65 ) 

Un second fait, qui frappe l’esprit de l’observateur, est la prom- 
ptitude et la solidité de l'oblitération formée , par suite de l’opéra- 
tion , à l’origine du sac anévrysmal ; oblitération telle , que le sang 
n’a pu surmonter l’obstacle qu’elle lui opposait , et que la tumeur a 
pu consécutivement s’enflammer, s’abcéder et se vider des matières 
liquides et de la fibrine altérée qu’elle contenait, sans qu’aucune hé- 
morrhagie ait eu lieu par l’ouverture qui s’y était formée. 

Enfin , l’on ne saurait passer sous silence la prodigalité avec la- 
quelle furent employés les purgatifs durant les huit à dix premiers 
jours qui succédèrent à l’opération. Il est rare de rencontrer chez les 
praticiens habiles une telle disposition à irriter le canal digestif dans 
des circonstances où l’organisme éprouve de grandes perturbations et 
ressent un si puissant besoin de repos et de calme. Ces moyens . mal- 
gré le luxe avec lesquels ils furent employés, n’ont pas sans doute 
non plus causé la mort; mais leur action n’a certainement pas non 
plus été propre à calmer la péricardite aiguë et la double pleuresie 
chronique dont le malade fut affecté, et qui , par leur progrès, oc- 
casionèrent la mort. 


Y II*. OBSBRVATION. 

Anévrysme de l’artère innommée. — Ligature de la carotide primi- 
tive. — Guérison apparente pendant plusieurs mois , suivie de la mort 
du sujet. Par M. Valentine Mott , professeur de Chirurgie à New- 
Yorck. (1). 

Moïse Gardner, âgé de cinquante-uu ans , menant une vie très-ré- 
gulière et doué d’une bonne constitution , réclama , en mars 1 829 , 
les secours de la chirurgie, pour une tumeur qu’il portait au cou. 
Elle lui était survenue dix-huit mois auparavant , sans cause bien ma- 


( 1 ) The American Journal of the medical sciences, for february and augnst 
»83o. 

9 



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( 66 ) 

nifeste, et avait été précédée de douleurs dans la partie postérieure du 
cou et l'épaule droite , occasionés par Faction de porter de pesons 
fardeaux. 

La tumeur dont il s’agit existait au - dessus du sternum; elle avait 
le volume d’un oeuf de pigeon, s’étendait assez loin à la base du cou, 
le long de la carotide et sou 9 la portion sternale du stemo-mastoïdien. 
Elle était agitée de pulsations isochrones aux battemens du pouls; 
par sa présence , elle comprimait la trachée-artère et déterminait au 
moindre exercice ou au plus léger effort de toux un sifflement 
semblable à celui qu’on observe dans l’asthme. Le malade ne pouvait 
supporter qu’on pressât, même très - faiblement , celte tumeur, se 
plaignant que ia respiration s’en trouvait gênée , et que de la dou- 
leur était la suite (te cette actioD , quelque modérée qu’elle fût. 

Il parut d’abord.convenable dé prescrire au malade uu régime 
doux et sévère , des saignées répétées de temps à autre, l’attention 
d’éviter La fatigue ainsi que les efforts, et d’attendre que la nécessité 
de recourir à une opération toujours hasardeuse fût devenue plus 
pressante. Ces soins, plus hygiéniques que médicinaux, furent obser- 
vés ; mais le 1 2 septembre , Moïse s’étant soumis à un nouvel examen 
et désirant vivemeut obtenir une guérison complète, on put constater 
que la tumeur avait beaucoup augmenté du côté du cou, en même 
temps quelle s était étendue dans la poitrine; on y entendait avec le 
stéthoscope un bruit de soufflet. La respiration était gênée, surtout 
pendant la marche , la toux et l’exercice de ta parole ; la circulation 
était plus faible dans la carotide droite et dans l’axillaire ainsi que 
dans la brachiale correspondante, que du côté gauche ; on ne trouvait 
pas de pouls au poignet droit, taudis que celui du bras opposé était 
normal. La santé générale du, sujet n’offrait pas de traces d'altération. 

U était manifeste, d’après tous ces caractères , qu’on avait sous les 
yeux un anévrysme du tronc brachio-céphalique , dans lequel l’ori- 
gine delà carotide et celle de la. sous-clavière étaient comprises. L’o- 
pératiou de Brasdor , renouvellée et introduite, dans la pratique par 
M. W ardrop , parut offrir la seule chance de salut qui restait encore 


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<« 7 ) 

au sujet, et elle fut pratiquée le ao septembre suivant : le tronc de 
la carotide primitive fut lié à la manière ordinaire , et pendant les 
premiers jours qui suivirent , il n’y eut aucun changement, soit dans 
l’étal général du malade, soit dans celui de la tumeur en particulier. 

Le *7 septembre, Moïse , qui avait bien dormi, annonça qu’il se 
trouvait mieux et que sa respiration était devenue plus facile; le 
pouls, d’ailleurs régulier et tranquille, ne donnait que 58 pulsa- 
tions par minute ; le volume et la force des battemens de la tu- 
meur étaient évidemment diminués. Cette amélioration fit des progrès 
pendant les jours qui suivirent; le pouls reparut dans le bras droit ; 
mais il était irrégulier, intermittent, et ne donnait que 10 à 1 5 pulsa- 
tions par minute, tandis qu’à gauche il était élevé à 8o; la toux 
était fréquente , mais l’expectoration s’opérait avec liberté. 

Dès le 29, la voix a repris son étendue et sa force; la respiration 
est très -facile; la toux ainsi que l’expectoration ont diminué; le 
pouls est descendu à 7 pulsations; la peau qui recouvre la tumeur 
est plus ridée que la veille ; l’anévrysme est agité de pulsations (dus 
faibles, et il a encore diminué de volume. 

I.a plaie, qui suppure un peu , est fermée le 3 o. Le 2 octobre, le 
malade se sent comine s’il était guéri. Le 4 * il peut supporter tous les 
degrés de pression exercés sur la tumeur sans en éprouver ni dou- 
leur , ni la moindre gêne dans la respiration. Le 10, le volume de la 
tumeur a encore de beaucoup diminué ; ses pulsations sont à peine 
sensibles. Le i 5 . la ligature tomba; la tumeur du cou ainsi que ses 
pulsations ont entièrement disparu ; on ne sent que de temps à 
autre une très-faible pulsation dans la radiale du côté droit. La main 
droite est légèrement tuméfiée et engourdie , le malade se plaint de 
ne pouvoir la fermer. 

Le 22, la plaie du cou est cicatrisée; la faiblesse du bras droit çst 
considérable, les doigts sont très-gros et difformes; il n’y a plus de 
pouls dans f artère radiale droite. L’état général est d’ailleurs si satis- 
faisant que le malade quitte la ville le a6 pour retourner chez lui 
à New-Jersey. 


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( 68 ) 

Il donna de ce lieu, de» nouvelles assez fréquentes de sa santé; sà 
respiration, disait-il, était parfaitement libre, et ses amis s’étonnaient, 
en le félicitant, de l’amélioration de son état, ainsi que de la disparition 
de la tumeur du cou. Cependant le 22 avril i83o , on apprit sa mort. 
La difficulté de respirer était revenue au point de faire craindre quel- 
quefois la suffocation; et malgré le régime le plus sévère, les forces 
avaient graduellement décliné, jusqu’à son extinction complète. 

Autopsie cadavérique. 11 n'existait aucune tumeur appréciable à l’ex- 
térieur du cou ; la clavicule droite était un peu plus élevée que celle 
du côté opposé , et offrait une luxation partielle à son articulation 
sternale. Immédiatement au-dessous d’elle , et en contact avec sa face 
inférieure qui était profondément érodée, se trouvait la poche ané- 
vrysmale : celle-ci s’étendait du milieu de la clavicule droite , le long 
de la partie supérieure de la face profonde du sternum , jusqu’à la 
clavicule gauche ; de haut en bas, elle descendait jusqu’à la troisième 
côte ; elle adhérait en dehors au poumon droit , et s’appuyait en 
arrière contre les dernières vertèbres cervicales et les premières dor- 
sales. 

La trachée-artère, fortement adhérente au côté gauche de la tumeur, 
était déviée en arrière et très-aplatie par la pression exercée sur ses 
parois. 

L’anévrysme, détaché des parties environnantes, avait à peu près le 
volume des deux poings réunis. Ses parois étaient très - solides; il 
naissait de l’artère innommée , et comprenait dans son développe- 
ment la sous-clavière ainsi que l’origine de la carotide; en haut, sa 
forme était globuleuse; inférieurement il se terminait en une sorte 
de pointe qui descendait jusqu’au-dessous de la bifurcation de la tra- 
chée-artère, derrière l’aorte. 

La carotide droite était oblitérée ; la sous-clavière étaitlibre au-delà 
de la tumeur, et sa structure n’avait pas éprouvé d’altération* le cœur 
ainsi que les poumons étaient dans l’état normal. ' 


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( 69 ) 


Réflexion*. 

Il est à regretter que l’on n’ait pas ouvert l'anévrysme lui-méine et 
décrit la disposition de ses couches fibrineuses intérieures ; on aurait 
trouvé sans doute dans cet examen l’explication de la langueur avec 
laquelle la circulation avait lieu dans le bras droit. Quant au gonfle- 
ment œdémateux des doigts et de la main de ce côté , il dépendait 
sans doute de la gêne que cette tumeur apportait dans le retour du 
sang veineux, en déplaçant et en comprimant la veine sous-clavière 
correspondante. 

. Rien de plus simple d’ailleurs , rien de plus, régulier et d’abord de 
plus heureux que le résultat immédiat de l’opération pratiquée par 
M. MoU. En un mois environ , la tumeur ou du moins sa portion 
apparente au-dehors , avait disparu , la respiration et la parole étaient 
devenues libres , la ligature était tombée et la cicatrisation de la plaie 
était complète. 

En opérant plutôt, avant que la maladie fût aussi avancée, aurait- 
on obtenu un succès meilleur? Quelque réponse qu’on fasse à cette 
question , nous verrons plus loin que , pour avoir toutes les chances 
possibles de guérison , il aurait fallu , ainsi que M. MoU se propose 
d’ailleurs de le faire si un cas semblable se présente de nouveau 'dans 
sa pratique , lier la carotide et la sous-clavière , au lieu de laisser le 
second de ces gros vaisseaux entretenir dans la tumeur un courant 
sanguin nuisible è sou oblitération. 


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( 70 ) 


Yin\ OB8EHVATIOR. 

A névrysme du tronc brachio-céphatiquc. — Ligature de l’artère carotide. 

— Mort subite du sujet. — Dispositions insolites observées à l’ouverture 

du corps. Par M. Key, chirurgien de l’hôpital de Guy (1). 

Élisabeth Goodman, âgée de soixante- un ans, menant une vie 
sobre et régulière , ayant beaucoup travaillé , et mère de plusieurs en- 
fans, remarqua, au mois de septembre. 1828, qu’elle portait au-des- 
sus du côté droit du sternum , une tumeur pulsatile qui augmenta 
graduellement de volume jusque vers le milieu du mois d’octobre, 
époque où elle entra à l’hôpital de Guy. Cette tumeur, de la grosseur 
d’un œuf , s’élevait de la partie postérieure de l’articulation sterno- 
claviculaire droite jusqu’au-dessus du tiers inférieur du muscle sterno- 
cleido-mastoïdien ; en dehors, elle s’étendait jusqu’au tiers externe 
de la clavicule; ses batteme' s, isochrones aux pulsations artérielles, 
se font sentir sur tous les points de sa surface , bien qu’elle offre des 
parois assez résistantes. Des douleurs vives ont existé dans la région 
que la tumeur occupe , et de l’engourdissement se propage encore 
le long du cou et au bras du côté droit. La malade ne peut se cou- 
cher commodément sur le côté gauche ; son pouls , qui est plein et 
dur du côté droit, plus faible du côté gauche, ne bat que 60 fois 
par minute. 

Sous l’influence de quelques apéritifs administrés de temps à autre, 
ainsi que de l’application d’un emplâtre de belladona sur la tumeur, 
celle-ci , dans l’espace de six semaines , bien qu’elle eût augmenté un 
peu de volume , excita moins de douleur et sembla ne pas presser 
autant les nerfs axillaires et cervicaux. Le pouls battait 90 fois par 


( 1 ) The London medical Gazette, july i83o. 


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( 7* ) 

minute , et b différence qu’il offrait aux deux bras n’était pas. forte. 
Prescription : V as sumatur ad decem mncias ; capiamlur tbicturm digi- 
taliê guttcR decem ex liquore ammonite acetatu bis die. Repetatur empies- 
trum belladones pro re natâ. 

A l’aide de ces moyens la santé de la malade s’améliora si bien jus- 
qu’au printemps de 1829, quelle sortit de l’hôpital, assez bien 
rétablie , selon son jugement , pour reprendre ses occupations accou- 
tumées et gagner de nouveau sa vie. La tumeur était depuis long- 
temps stationnaire , et son volume , non plus que l’engourdissement 
du cou et du bras , n’avaient plus fait de progrès. 

En mars i83o, les symptômes s etaient agravés, la tumeur avait 
repris sa marche progressive , et la malade fut admise une seconde 
fois è l’hôpital par M. Key. Le changement principal que présente 
l’anévrysme , bien qu’il se soit dilaté dans tous les sens, consiste dans 
l’amincissement de ses parois ; ses pulsations sont également très-vio- 
lentes, et il cède facilement à la pression des doigts. 

Les moyens mis précédemment en usage procurèrent de nouveau 
de l’adoucissement dans les symptômes de la maladie; cependant de 
la faiblesse et des défaillances , occasiooées. par la digitale , obligèrent 
à renoncer à l’administration de cette substance. 

En avril , 1a. tumeur s’accrut avec rapidité ; elle portait la clavicule 
en avant et la luxait en quelque, sorte ; sa portion cervicale rejetait en 
dehors le muscle sterno-cléido-mastoïdien ainsi que la veine jugulaire. 
].a malade , dont la santé générale se soutenait , désirait ardemment 
qu’ou adoptât quelque moyeu de la guérir ; et comme la difficulté de 
respirer quelle éprouvait avait de beaucoup, diminué,. M. Key se dé- 
cida à pratiquer la ligature de l’artère carotide droite , se réservant de 
lier plus tard, si cette opération ne suffisait pas , la sous-elavière cor- 
respondante. Il fut fort encouragé à prendre ce para r le seul qui offrit 
.quelques chances favorables au sujet, par l'assentiment dé sir Astley 
Cooper* du professeur Ekstrom, de Stockholm , du professeur Geden — 
zauski, de Wilna, et de quelques autres praticiens. Le cœur non plus 
que l'aorte ne donnèrent aucun signe d’altération. 


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( 7 a ) 

L’opération fut donc pratiquée le 20 juillet i 83 o. La malade étant 
couchée sur une table élevée , la poitrine et la tête soutenues par des 
oreillers, et le visage étant incliné à gauche, M. Rry se plaça de ce 
côté , et fit le long du bord interne du muscle sterno-cleido-mastoï- 
dien une incision qui s’étendait depuis l’os hyoïde jusqu’à un pouce 
et demi plus bas. A l’aide d’une dissection faite avec prudence, l’opé- 
rateur mit successivement à découvert le fascia-cervicalù , le muscle 
peaucier, le bord interne du sterno-mastoïdien , l’omoplato-hyoïdicn 
et la gaine de l’artère. A près avoir découvert celle-ci, en se servant d’un 
conducteur, il passa derrière elle , de dedans en dehors, une aiguille 
à anévrysme armée d’une ligature de soie; on serra la ligature avec 
la précaution ordinaire , et l’opération , qui ne dura que quinze mi- 
nutes , fut supportée avec beaucoup de courage. La malade ne per- 
dit qu’à peine une demi-once de sang pendant sa durée. 

A l’instant de la constriction de l’artère par la ligature , la tumeur 
fut agitée de batlemens irréguliers , puis elle diminua sensiblement 
de volume , en même temps que ses pulsations devinrent plus faibles 
qu’auparavaut. Cet affaissement toutefois ne fut que momentané, 
car peu d’instaus ensuite l’anévrysme reprit, à peu de chose près, sa 
grosseur première. L’artère radiale droite n’éprouva aucun change- 
ment; la malade ne ressentit ni faiblesse, ni nausées, ni incommo- 
dités d’aucune sorte pendant l’opération , et parlait avec autant de 
calme après celle-ci quelle l’était auparavant. 

Replacée dans son lit, son pouls, qui parut un peu irrégulier, 
offrit 90 pulsations par minute. La tumeur paraissait aussi volu- 
mineuse qu’avant la ligature; ses battemens seuls étaient plus fai- 
bles et plus irréguliers. La tête fut appuyée sur un oreiller élevé 
et inclinée à gauche. La malade n’était pas couchée depuis une demi- 
heure à peine dans cette position , qu’elle se mit sur son séant , de- 
manda à boire, et fut saisie d’une toux assez forte pour faire craindre 
la rupture de l’anévrysme. Le calme revint cependant ; la malade fut 
recouchée, et une heure et demie après l’opération elle sembla s’en- 
dormir. Sa respiration était régulière , accompagnée seulement d’un 


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I 


( 73 ) 

bruit de ronflement tout particulier qui n’attira pas l’attention , parce 
qu’il lui était habituel Ce bruit s’affaiblit par gradation . jusqu’à ce 
qu’enfin il cessa , et l’on crut qu’un sommeil paisible, qu’il convenait 
de respecter, lui avait succédé. Quelques heures après, ci“t état con- 
tinuant, le pouls fut exploré; il ne présentait qu’une agitation pres- 
que imperceptible , et la malade s’éteignit presque aussitôt de la ma- 
nière la plus calme et la plus tranquille. Elle n’avait pas dit un mot 
depuis la quiute de toux dont il a été question. 

A l’ouverture du cadavre, faite vingt heures après la mort,, on 
trouva dans la plèvre, d’ailleurs exempte d’inflammation, une pinte 
environ de sérosité. Le péricarde renfermait quatre onces d’un liquide 
semblable; le sac anévrysmal adhérait à la partie supérieure du ster- 
num et à la portion attenante de la clavicule, l-a crosse de l’aorte, 
depuis le cœur jusqu’à sa terminaison , était très-dilalée , et sa surface 
interne, garnie d’aspérités, offrait un grand nombre de plaques os- 
seuses. Le cœur, ainsi que ses orifices , paraissaient dans l’état naturel. 
Du côté droit de l’artère iunominee et de la portion adjacente de la 
courbure aortique naissait , un sac anévrysmal de la grosseur d'une 
petite orange , qui avait gagné le cou , et poussait en avant l’articula- 
tion sterno claviculaire droite. En glissant le long de la carotide , il 
diminuait de largeur, et donnait lieu à la tuméfaction qui existait pen- 
dant la vie. Ce sac était plus qu’à demi rempli de lames fibrineuses 
plus ou moins consistantes 

En poursuivant les recherches , on remarqua que l’artère carotide 
gauche s’ouvrait dans la crosse de l’aorte par un orifice tellement res- 
serré, qu’il pouvait admettre à peine une soude déliée. Il semblait 
s’ètre formé autour de l’origine de ce. vaisseau une membrane ana- 
logue à celle qui ferme le trou ovale de la cloison inter -auriculaire 
du cœur. Ce qui rendait cette disposition plus singulière encore , c’est 
qu’au-dessus de l'obstacle qui en résultait pour la circulation , le tronc 
de la carotide conservait jusqu’à sa bifurcation son calibre normal. 
Au-dessus de ce point, la carotide éxterne paraissait aussi volumi- 
neuse qu’à l’ordinaire; mais l’interne devenait brusquement très-petite 

JO 


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( 74 ) 

à peu de distance de sa séparation du tronc commun. La carotide 
primitive conservait une couche de fibrine adhérente semblable à 
celles qui - existent dans les poches anévrysmales , et fort différente 
des cordons fibrineux flottans qu’on rencontre ordinairement , après la 
mort , dans les gros troncs vasculaires : il paraissait que c’était le com- 
mencement d’un travail d’oblitération morbide de l’artère. La sous- 
clavière gauche ue présentait rien de particulier. Les deux vertébrales 
étaient un peu plus petites qu’on ne les trouve habituellement; de telle 
sorte que lorsque la carotide droite fut liée , le cerveau fut tellement 
privé de sang qu’il ne put fournir à l’innervation. De là la mort 
prompte et parfaitement paisible qui enleva la malade. 

Le cerveau était sain ; ses vaisseaux n’offraient rien de particulier, 
et contenaient la quantité de sang qui les remplit ordinairement. Un 
peu de sérosité était épanchée entre les méninges. 

Les viscères abdominaux étaient dans l’état normal ; l’utérus ren- 
fermait un petit polype , qui prenait naissance au-dessous de l’orifice 
de la trompe du côté gauche. 1 /aorte ventrale était exempte d’alté- 
ration. 

Ré flexions . 

Ce fait nous semble d’autant plus digne d’intérét, qu’il est peut-être 
unique dans les fastes de la science. La cause à laquelle M. Key rap- 
porte la mort nous semble d’autant plus exacte que les artères verté- 
brales, moins volumineuses que chez les autres sujets, ne pouvaient 
suppléer à l’oblitération subite de la voie principale par laquelle s’o- 
pérait la circulation dans le cerveau. Sur les chiens , la ligature si- 
multanée des deux carotides n’entraîne pas la mort; mais le volume 
exubérant du cerveau de l’homme , et la prépondérance des carotides 
internes sur les vertébrales, s’opposeraient peut-être à ce que cette 
double opération pût réussir aussi bien chez lui que sur les ani- 
maux. 

Relativement à la ligature , considérée comme moyen curatif de l’a- 
névrysme , il est douteux qu’elle eût réussi , alors même que la mort 


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ne fût pas venue trancher aussi subitement les jours de la malade. La 
tumeur, en effet, dépendait autant de Fa o rte que du tronc brachio- 
céphalique; et l’oblitération de celui-ci par la double ligature de la 
carotide et de la sous-clavière n’aurait pas suffi , selon toutes les pro- 
babilités . pour y arrêter le cours du sang. J’ai connaissance d’un se- 
cond exemple d’anévrysme, provenant de l’érosion de l’orifice del’in- 
nominée et de la partie voisine de l’aorte , et qüi remontait le long du 
cou , de manière à simuler le trajet de la carotide droite. Dans ce der- 
nier cas , aucune opération ne fut et ne pouvait être tentée. Le malade 
mourut quelques jours après son entrée dans l’hôpital où il avait été 
admis. 11 serait bien important de distinguer ces tumeurs des ané- 
vrysmes naissant exclusivement du tronc brachio-céphaliqüe où dè 
l’origine de la carotide droite , car l’opération applicable contre ceux-ci 
ne saurait en aucune manière leur être opposée avec succès. 

TROISIÈME SÉRIE. ; 

Ligature de l'artère sous-clavière ou de l’axillaire. 

I". Observation. 

Anévrysme du tronc innominé. — Ligature de l’artère sous-clavière. — 
Guérison apparente t puis mort du sujet. — Autopsie du cadavre. Par 
M. Wardrop (i). 

Madame Denmark , âgée de quarante-cinq ans , porte au côté droit 
de la base du cou une tumeur pulsatile de la grosseur d’un œuf de 
dinde. La base de cette tumeur est placée sous la partie supérieure du 
sternum , tandis que son sommet sort immédiatement de la poitrine 
et soulève le bord interne du muscle sterno-cleïdo-mastoïdien droit. 


(i) The Lancet, vol. i , i8a? ; vol. i , 18a' ; vol. a, 1839. 


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On ne peut, en la comprimant, la vider de ce qu’elle contient; les 
pulsations sont fortes et isochrones aux battemens du pouls ; la pres- 
sion exercée sur l’artère sous-clavière n’exerce sur elle aucune in- 
fluence. J.e cou présente un aspect remarquable : son côté gauche a 
plus d’embonpoint , et le muscle sterno-mastoïdien y est plus saillant 
qu’à droite; le côté droit, au contraire, offre une sorte de dépression 
suc le trajet de l’artère carotide. L’exploration la plus atteutive ne 
laisse apercevoir aucune trace de pulsation dans les branches nées de 
la carotide droite ; la circulation est très-active , au contraire , dans la 
gauche et ses divisions. L’agitation que l’on sent dans la carotide 
droite n’est pas le résultat du passage du sang à travers sa cavité, mais 
du mouvement qui lui est communiqué par le kyste anévrysmal. La 
poitrine, explorée avec exactitude, parait saine, excepté en haut, à 
la base de la tumeur , ou l’on entend un bruit de soufflet très-dis- 
tinct. La malade éprouve de la douleur daus le côté gauche de la tête 
et du cou ; les pulsations de la tumeur lui sont désagréables ; elle est 
de temps à autre affectée de dyspnée violente, de menaces de suffoca- 
tion , ne peut dormir que la tète relevée , et son sommeil est agité. 
Son teint d’ailleurs est pâle , son corps amaigri , et tout son extérieur 
offre l’empreinte de longues et pénibles souffrances. 

La maladie date de onze mois : elle débuta par de la gène dans la 
respiration et des douleurs au thorax ; il y a cinq mois que la malade 
aperçut pour la première fois la tumeur, qui s’accrut malgré les sai- 
gnées, la digitale et d’autres moyens prescrits pour la combattre. De- 
puis trois semaines surtout , elle a beaucoup augmenté de volume , et 
il y a cinq jours qu’on appliqua, mais sans succès, sur le bras, le 
compresseur de M. Searle , afin de diminuer le cours du sang dans sa 
cavité ; mais la malade ne put supporter sou action que pendant fort 
peu de temps. 

L’insuffisance du traitement interne et externe étant démontré, la li- 
gature au-delà de la tumeur fut résolue, et pratiquée Te 6 juillet 1827. 
Deux incisions furent faites par l'opérateur, l’une de quatre pouces 
d’étendue, parallèle à la clavicule , l’autre lougeant le bord externe du 


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( 77 ) 

muscle stemo-mastoidien, el tombant perpendiculairement sur l’extré- 
mité antérieure de la première. Le lambeau triangulaire formé par la 
réunion de ces deux sections fut disséqué de dedans en dehors, et 
c’est à travers l’ouverture qui en résulta que l'artère sous-clavière fut 
mise à découvert et liée avec un iil à soie de moyenne grosseur. 

Aussitôt après l’opération, le pouls cessa de battre du côté droit; ses 
impulsions communiquées à l’anévrysme furent moins fortes et s’éten- 
dirent moins haut sur la partie correspondante du cou. La douleur 
de tête disparut complètement; la respiration redevint libre, facile, 
et si l’on ne put dire que la tumeur diminua, elle n'éprouva certai- 
nement pas d’augmentation. , 

Vingt-quatre heures après l’opération, le pouls se fit sentir faible- 
ment au bras droit; la sensibilité, la chaleur et la force de ce membre 
revinrent à l’état normal. La malade a pu se coucher horizontalement, 
sa respiration est devenue naturelle, et elle a joui d’un sommeil répa- 
rateur d’une assez longue durée. L’anxiété empreinte sur la physiono- 
mie a disparu, et , quoique le pouls soit élevé et fréquent, la peau est 
fraîche, la langue propre et le ventre libre. 

Le neuvième jour , des pulsations reparurent dans la carotide 
droite. Quelques personnes, se fondant sur ce qu’elles s’étaient mon- 
trées à la temporale avant de paraître dans le tronc lui-même, pen- 
sèrent que le sang y était ramené par l’intermédiaire des anastomoses 
qui unissent ce tronc à celui du côté opposé. M. IV ardrop crut plus 
vraisemblable , au contraire , que l’anévrysme , après avoir comprimé 
l'origine de la carotide, l’avait laissée libre en diminuant de volume, 
et avait permis ainsi :iu sang chassé par le cœur d’y péuétrer de nou- 
veau. Quelle que soit celle de ces explications qu’on adopte, toujours 
est-il que la carotide droite est redevenue perméable , et que , malgré 
cette circonstance , la tumeur a diminué de volume. Aurait-elle dis- 
paru entièrement et la guérison se fût-elle achevée d’une manière so- 
lide , si l’oblitération eut persisté et eût produit la stagnation com- 
plète du sang dans la tumeur? Les faits précédens et ceux que je rap- 
porterai encore rendent cette conjecture très-vraisemblable. 


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( 7» ) 

Quoi qu'il eu soit, vingt-deux jours après l’opération, la ligature 
était tombée, la plaie cicatrisée et la tumeur anévrysmale diminuée 
de volùme; la douleur de tète et la dyspnée, non plus que les menaces 
de suffocation, n’existaient plus, et la malade était très-satisfaite de son 
état. 

A la fin d’août , 'madame Denmark se rendit à la campagne. ,dont le 
séjour fit faire à' la convalescence de nouveau progrès. L’artère caro- 
tide droite battait comme dans l’état normal; la radiale du même côté 
n’était le siège que d’un faible frémissement , mais le pouls, à gau- 
che , était fort , élevé et vibratoire. La malade se promenait en plein 
air et montait un escalier sans difficulté; cependant , lorsqu’elle était 
fatiguée ou émue, on croyait sentir derrière le sternum une légère 
pulsation, comme si le tronc innominé se trouvait élargi : cette sen- 
sation disparaissait lorsque l’esprit et le corps jouissaient de leur état 
de calme habituel. 

Peu de ternes après cette époque , et alors que l’amélioration de sa 
santé semblait se consolider , madame Denmark fut atteinte tout à 
coup , sans cause extérieure appréciable , d’un catarrhe pectoral très- 
intense , avec fièvre , difficulté extrême de respirer , œdématié des 
membres inférieurs, chaleur à la peau, etc. Plusieurs larges saignées 
èt l’émétique administré à dose nauséabonde , calmèrent la violence 
de ces accidens , mais la malade conserva de la difficulté dans la res- 
piration, une toux fréquente , un sentiment intérieur de suffocation , 
une expectoration copieuse , et surtout une grande faiblesse, accom- 
pagnée d’un amaigrissement extrême. Aucune tumeur pulsative ne 
parut cependant à l’endroit que l’anévrysme occupait; ni l’aorte, ni 
le cœur n’indiquaient d’augmentation dans l’affection dont on pouvait 
les croire atteints avant l’opération. Il est à remarquer que depuis le 
début de sa maladie, madame Deumark a été saignée plus de cin- 
quante fois, qu’on lui a tiré chaque fois une pinte de sang et sou- 
vent presque deux; qu’elle a pris journellement , depuis la ligature de 
l’artère une once de viande , douze onces de liquide, quelques tran- 
ches de pain et de beurre , et quelquefois un peu de fruit. 


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' 79 ) 

Sous l’influence de ce régime, l’état de la malade se prolongea sans 
changement notable pendant une année environ. Au mois d’août 1628, 
l’émaciation semblait se dissiper un peu ; la respiration , quoique gê- 
née, permettait à la malade de dormir dans la situation naturelle. On 
n’observait immédiatement au-dessus du sternum ,à la base du cou , 
qu’un léger endurcissement produit sans doute par les débris de la 
tumeur anévrysmale. L’œdème des pieds avait disparu , et l’exercice 
en plein air était redevenu possible. Le 9 septembre, la malade, qui 
était toujours à b campagne, assurait que depuis long-temps elle 
n’avait joui d’une aussi bonne santé. 

Ici se terminent les rapports généralement connus sur l’operation 
pratiquée à madame Denmark , et qui avaient fait croire à l’entier 
succès de cette tentative hardie. Depuis la publication de son ouvrage 
sur l’anévrysme , M. fV ardrop a publié , dans la Lancette de Londres 
(septembre 1829), relativement à la terminaison de ce cas remar- 
quable , des détails du plus haut intérêt , dont nous allons présenter 
le résumé. 

Au mois de septembre 1828, on pouvait considérer l’opérée comme 
ramenée à un état de santé aussi parfait et aussi solide que le com- 
portait le délabrement de sa constitution. Cependant, trois mois après 
cette époque, on vit apparaître au-dessus du sternum un gonflement 
qui occupa graduellement la partie inférieure du cou , et s’éleva au- 
devant de la tracfaée-artère ; à quelque temps de là , une seconde tu- 
meur se montra sur la racine de la carotide droite, en remontant le 
long du côté droit du cou. Ces deux tumeurs se confondaient telle- 
ment à leur base , entre elles et avec les restes de l’ancien anévrysme, 
que le tout formait une masse dont les limites ni les élémens ne pou- 
vaient être déterminés avec exactitude. 

Des doutes s’élevèrent relativement à la nature et au siège précis 
de b tumeur secondaire que l’on apercevait. Cependant l’opinion de 
M. W ardrop fut inébranlable ; il 1 a considéra comme anévrysmale ; 
et s’il renonça au projet de pratiquer la ligature de 1a carotide droite , 
aiüsi que b cas semblait l’indiquer , il céda en ceb aux avis de plu- 


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(*o) 

sieurs confrères dans le discernement et les lumières desquels il avait 
une grande confiance. 

L’anévrysme continua donc de grossir malgré les déplétions san- 
guines et le régime sévère qu’on lui opposa. La santé gnérale s’altéra 
graduellement t de l’infiltration survint aux membres abdominaux et 
fit des progrès ; la faiblesse allait en augmentant , lorsque la diar- 
rhée se manifesta et acheva d’éteindre le peu de force qui restait 
encore à la malade. Elle mourut le i 3 septembre 1829. 

Autopsie cadavérique. Le volume de l’anévrysme n’avait pas dimi- 
nué après la mort; il occupait le centre de l’espace compris entre les 
attaches inférieures des muscles sterno-cleïdo-mastoidien , dont les 
portions sternales recouvraient chacun de ses côtés. La tumeur qu’il 
formait présentait trois divisions : une sternale , immédiatement pla- 
cée au-dessus du sternum ; une trachéale qui s’élevait au-devant de 
la trachée-artère , et une claviculaire formée par le reste de l’ancien 
anévrysme. Ces trois parties, formaient une masse lobuleuse, plus 
grosse qu’un œuf de dinde , fortement adhérente au sternum , et qui 
avait usé et détruit une partie de cet os. 

En ouvrant la tumeur , elle parut presque solide , ainsi que sa con- 
sistance l’avait déjà fait présumer; les couches fibrineuses épaisses 
qui la remplissaient n’offraient rien de particulier; leur consistance 
était surtout considérable dans ses portions claviculaire et sternale ; 
la cavité, restée libre a son centre, avait à peu près la capacité néces- 
saire pour loger une noix. 

Les parois du cœur étaient amincies et plus molles que djns l’état 
normal ; cet organe n’offrait d’ailleurs aucune autre altération ; quel- 
ques points d’ossification existaient dans l’aorte, dont les tuniques 
semblaient plus épaisses et d’une couleur jaune plus foncée qu’à l’or- 
dinaire : on ne pouvait y remarquer d'ailleurs aucune dilatation. 

L’anévrysme s’étendait depuis l’origine du tronc brachio-cépha- 
lique jusqu’à sa bifurcation. La sous-clavière offrait une interruption 
à l’endroit où la ligature avait été placée ; ses deux bouts étaient con- 
tractés Ct réunis entr’epx ; et , du .côté des capillaires , son calibre 


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( 8l ) 

était effacé, au point qu'on ne pouvait y faire pénétrer un stylet au- 
delà d’un quart de pouce. La carotide droite était libre et parfaite- 
ment saine. Les poumons n'offraient aucune altération; la membrane 
muqueuse des bronches était seulement un peu plus rouge que dans 
l’état normal, et ces canaux renfermaient une grande quantité de 
mucosités. 

Réflexions. 

Cette observation intéressante démontre qu’alors même que la liga- 
ture pratiquée au-dessus de la tumeur ne suffit pas pour guérir l’ané- 
vrysme à l’occasion duquel on y a recours , elle peut cependant, non- 
seulement n’être pas nuisible, mais procurer une amélioration no- 
table et retarder sensiblement les progrès d’un mal inévitablement 
mortel. Tels ont été certainement les effets obtenus chez madame 
Denroark : cette dame , d’après la description donnée de son état et 
des progrès rapides de sa maladie , n’avait , selon toute apparence , 
que quelques semaines, ou tout au plus quelques mois encore à 
vivre , lorsque l’opération vint provoquer l’affaissement rapide du sac 
anévrysmal, dissiper la douleur de tête, l’oppression, et rendre aux 
fonctions principales de l’organisme une liberté qu’elles avaient de- 
puis long-temps perdue. 

11 est à remarquer qu’alors la carotide droite ne battait pas, que son 
calibre paraissait effacé, et qu’en liant la sous-clavière correspondante 
on transformait le tronc innommé et l’anévrysme dont il était le siège 
en un cul-de-sac , dans lequel le sang devait s’arrêter et former un 
coagulum solide. Tant que les choses demeurèrent en cet état, le 
bien-être de la malade et les heureux résultats de l’opération se sou- 
tinrent; le courant sanguin entretenu dans l’innominée parla conser- 
vation des artères nées de la sous-clavière , en dedans des scalènes , 
et par conséquent entre la ligature et le sac, pouvait bien s’opposer 
à l’oblitération entière de celui-ci, mais ne suffisait pas pour lui 
rendre son volume premier et pour lui faire continuer ses progrès. 

11 fallut, pour que le retour des symptômes de l’aniévrysme eût 

1 1 



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( 8 » ) 

lieu , que la carotide , cessant d’être comprimée , et redevenant libre 
par le retrait du sac sur lui-méme , recommençât à admettre du sang 
en quantité considérable. De cette époque datent les premières incom- 
modités ressenties de nouveau par la maladë ; un peu plus tard ,1a tu- 
meur recommença adonner des signesdesa présence, puis elle s’accrut, 
et enfin , deux ans après l’opération , elle acquit un volume tel , qu’on 
s’étonne qu’un tronc aussi peu étendu que l’innominée ait pu fournir 
à son développement. Alors furent perdus tous les fruits d’une opé- 
ration sagement conçue, heureusement exécutée, et dont le succès 
avait paru avec raison si bien assuré , qu’on ne craignit pas de le 
proclamer dans les ouvrages scientifiques les plus répandus. 

11 est inutile de pousser plus loin ces réflexions; on voit d’un seul 
coup-d’œil combien ce fait important est favorable aux principes éta- 
blis plus haut, dans la première partie de cet opuscule. 

L’observation suivante est trop remarquable , sous le triple rapport 
du siège de la maladie, du degré de développement auquel elle était 
parvenue , et de l’autorité du chirurgien qui a pratiqué l’opération 
par laquelle on essaya de la guérir , pour que nous ne la rapportions 
pas dans tous ses détails, en laissant parler lui-méme le rédacteur qui 
la publia d’abord (i). 

II*. OBSERVATION. 

Anévrysme de /’ artère sous-clavière. — Ligature de l' axillaire ~ — Ac- 
cidens. — Mort du sujet. — Autopsie du cadavre. Par MI Dupuytren , 
professeur à la Faculté de Médecine de Paris , chirurgien en chef 
de l’Hôtel - Dieu , membre de l’Institut et de l’Académie royale de 
Médecine , etc. 

Un homme âgé de quarante ans, exerçant, à la campagne, le métier 
de journalier , doué d’une assez bonne constitution , et n’ayant jamais 

(i) Journal hebdomadaire de médecine, t. 3, p. 4®r. 


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( 83 ) 

eu de maladie vénérienne ni d’affection cutanée , ressentit-, il y a cinq 
mois environ , de la douleur dans toute l’étendue du membre thora- 
cique du côté droit; cette douleur s’accompagna, au bout de quel- 
que temps, de gène dans les mouvemens, de faiblesse et d’engour- 
dissement. Bientôt une autre douleur se fit ressentir à la base du cou , 
en avant et à droite , au-dessus de la clavicule. Une tumeur se mani- 
festa dans ce point ; d’abord de la grosseur d’une noisette , elle s’ac- 
crut peu à peu , et avec elle la faiblesse et l’engourdissement du bras. 
Le malade fut obligé de cesser toute espèce de travail, et alla con- 
sulter un médecin, qui reconnut un anévrysme de l’artère sous-cla- 
vière, et prescrivit un repos absolu et l’application de la glace sur la 
tumeur. Malgré l’usage bien suivi de ces moyens , celle-ci ne fit 
qu’augmenter chaque jour, surtout en haut; le bras s’engourdit de 
plus en plus , et devint presque tout à fait immobile. 

-Le -malade viut alors à Paris, et entra à l’Hôtel-Dieu le 28 mai 1829. 
Voici quel était son état : la tumeuf; était du volume du poing , et 
s'étendait depuis la-ligne imédiane cervicale et l’articulation sterno- 
claviculaire jusque près de l’articulation scapulo- humérale. En re- 
montant vers lé trapèze , elle formait surtout une bosselure très-con- 
sidérable ; en arrière, elle s’étendait presque jusque dans la fosse sus- 
épineuse. Les battemens de cette tumeur , qui étaient isochrones à 
ceuxidu cœur , avaient beaucoup de force et de largeur ; la peau qui 
la recouvrait était très- saine; le membre était très -engourdi , et le 
siège de tiraillemens fort douloureux. 11 y avait une œdématié peu 
considérable du bras , de l’avant-bras et de la main : celle-ci restait 
à moitié fermée, et le > malade ne pouvait pi l’ouvrir ni <lo fermer da- 
vantage. La peau de ce membre avait, du reste, la couleur et la tem- 
pérature habituelle’ au-dessous de la clavicule.' On n’apercevait au- 
cune tumeur ; -mais, en portant profondément les doigts au-dessous 
d’elle, M. Sanson crut sentir, quoique faiblement , que l’anévrysme 
s’y prolongeait. 

■Il était très - difficile de .préciser quel était le point de l’ar- 
tère qui était malade. L’anévrysme pouvait siéger sur l’artère saus- 


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( 84 ) 

clavière seulement, ou s’étendre sur le tronc brachio-céphalique. 

On put , en explorant avec soin l’artère carotide primitive , s’assu- 
rer que ce tronc était sain. 

La santé générale <lu sujet était bonne. Les facultés intellectuelles 
étaient intactes ; les mouvemens des membres , libres , faciles , à l’ex- 
ception de ceux du thoracique droit ; mais on se rendait facilement 
compte de ce symptôme par la compression que la tumeur anévrys- 
male exerçait sur le plexus brachial. 

Le cœur ne faisait entendre aucun bruit anormal. Les pulsations 
des ventricules étaient seulement fortes et sonores , et on pouvait les 
percevoir dans une étendue assez considérable ; la respiration était 
facile; le malade n’avait presque point de toux. Les fonctions diges- 
tives s’exécutaient bien ; la langue était belle , le ventre souple , in- 
dolent ; les selles régulières. 

On saigna le malade deux fois peu de temps après son arrivée ; 
ces saignées parurent beaucoup l’affaiblir. Des compresses trempées 
dans de l’acétate de plomb étendu dans de l’eau furent appliquées 
sur la tumeur , et par-dessus elle on mit une vessie remplie de glace 
pilée. Malgré ce traitement, la tumeur s’accrut toujours. Son aug- 
mentation fut même très-sensible , surtout en arrière , depuis l’entrée 
à l’hôpital. 

Celte maladie grave et étendue laissait très-peu de ressources au 
chirurgien. Abandonnée à elle-même, la tumeur ne pouvait man- 
quer de se rompre , et la mort du malade était inévitable. 

La méthode de V alsalva ne promettait guère un meilleur succès. 
M. Dupuytren assure d’ailleurs avoir vu souvent ce traitement aug- 
menter le mal au lieu de le diminuer. Restait la ligature de l’artère; 
mais où l’appliquer? entre la tumeur et le cœur? Mais il était très- 
difficile , et même impossible de déterminer d’une manière précise le 
point de l’artère sous-clavière, d’où naissait la tumeur. Le tronc bra- 
chio-céphalique était peut-être lui-même affecté ; en effet , les forts 
battemens que l’on ressentait derrière l’articulation sterno-ciavicu- 
laire pouvaient le faire craindre. Lorsque l’on aurait pu, d'ailleurs, 


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( 85 ) 

acquérir la certitude de l’état sain de ce tronc, peut-être n’aurait-il 
pas été très-prudent d’en faire la ligature. Cette opération hardie , 
pratiquée par M. Mott à New-York, et par M. Græffe â Berlin , n’a pas 
eu des suites assez heureuses pour engager à la tenter de nouveau. 

L’impossibilité de lier l’artère entre le cœur et la tumeur anévrys- 
male, celui plus grand encore d’employer l’ancienne méthode, l’inu- 
tilité très-probable du traitement dit de Vahnlva , réduisaient donc 
l’art à une seule ressource, nous voulons dire la ligature de l’artère 
axillaire entre ses distributions et la tumeur. 

C’est après avoir mûrement examiné cette méthode , discuté lon- 
guement ses chances de succès et de revers; après avoir compté les 
artères qu’on laisserait entre la tumeur et le cœur , celles qui seraient 
entre celle-là et la ligature, placée au-dessous de la clavicule; après 
avoir enfin revu de nouveau le cadavre, et minutieusement détaillé 
les rapports importans de l’artère axillaire, que M. Dupuytren pratiqua 
' cette grave opération, le 12 juin 1829, devant un auditoire nombreux 
composé d’étudians en médecine et de beaucoup de docteurs de la 
capitale, que la nouveauté et l’importance du cas avait attiré à l’Hôtel- 
Dieu. 

Le malade fut couché en supination sur son lit , et maintenu con- 
venablement par des aides ; le bras droit étant écarté du tronc , une 
incision de trois pouces environ , commençant près de l’articulation 
sternoclaviculaire, fut faite à deux travers de doigt au-dessous de la 
clavicule , parallèlement à la direction des fibres du muscle deltoïde , 
et un peu transversalement à celles du grand pectoral. La peau et le 
tissu cellulaire furent incisés. Les fibres les plus internes du muscle 
deltoïde, celles du grand pectoral le furent ensuite, ainsi que les di- 
verses couches cellulaires et apouévrotiques placées au-devant de l’ar- 
tère. Le petit pectoral fut mis à découvert et incisé dans les trois 
quarts de sa largeur , afin d’avoir plus de facilité à agir dans ces par- 
ties profondes. La veine axillaire mise à découvert parut dans toute 
son étendue. Elle était énormément gonflée , et laissait à peine aper- 
cevoir une faible portion de l’artère. Après une dissection longue et 


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( 86 ) 

prudente, elle fut séparée de l’artère, et la ligature formée d’un 
cordonnet de soie passée sur celle-ci , M. Dvpuytren s’assura , sui- 
vant sa coutume, que c’était bien elle qui était contenue dans l’anse 
du fil : en saisissant les deux extrémités de cette anse, et soulevant 
l’artère dans ce point, puis plaçant un doigt dessus , l'étant et le re- 
mettant alternativement, il suspendit ou rétablit à volonté la circula- 
tion dans le membre. Bien certain, par ce fait, d’avoir saisi l’artère, 
et, par l’absence des douleurs, de n’avoir compris aucun nerf, il 
serra la ligature modérément et graduellement. La circulation fut 
tout à fait suspendue dans le membre. Au moment où la ligature fut 
serrée, ]\1. Sanson , qui avait une main appuyée sur la tumeur, sen- 
tit des batlemens s’y faire une vingtaine de fois de suite, avec préci- 
pitation et irrégularité, et reprendre après leur rythme habituel. 

Dans le cours de l’opération, un grand nombre d’artères plus ou 
moins volumineuses furent ouvertes , et on fit quatorze ligatures. 
M. Dupuylren reconnut que l’opinion de M. Sanson , sur le prolonge- 
ment de la tumeur sous la clavicule , était fondée. En effet , en por- 
tant plus profondément le doigt sous cet os il sentit une petite por- 
tion de l’anévrysme qui s’y engageait. 

Le malade fut pansé mollement : un appareil simplement conten- 
tif fut appliqué sur la plaie, et on le transporta dans son lit. On con- 
tinua l’application sur la tumeur de compresses trempées dans de 
l’acétate de plomb étendu en grande quantité dans de l’eau. Par-des- 
sus ces compresses on appliqua une vessie remplie de glace pilée. 

Dans le cours de la journée , le malade éprouva de la gène dans la 
respiration et un malaise général. On pratiqua une saignée du bras: 
elle fut suivie d’une syncope de très-courte durée. 

Le lendemain 1 3, la tumeur était diminuée d’une manière sensible; 
ses baltemens étaient les mêmes. Le membre avait sa température 
habituelle, et l’engourdissement n 'était ni augmenté, ni diminué. (Ti- 
sane de tilleul; potion calmante de trois heures en trois heures; le 
malade prend un demi grain d’acétate de plomb dans une potion 
simple ou dans de l’eau distillée. ) 


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( «T ) 

Le troisième jour après son opération , le malade était bien. La tu- 
meur., qui, ainsi que nous l’avons dit, avait notablement diminué de 
volume, continuait à présenter des battemens aussi forts et aussi su- 
perficiels qu’avant l’operation. Le même traitement suivi jusqu a pré- 
sent fut contiuué , c’est à dire que Ton fit usage à l’extérieur de com- 
presses trempées dans l’acétate de plomb , étendu en grande quantité 
dans de l’eau , et par-dessus d’une vessie pleine de glace pilée. À l’in- 
térieur, on continua la diète et l’usage des boissons et potions anti- 
spasmodiques, ainsi que de l’acétate de. plomb. Jusqu’au 17 juin, 
cinquième jour révolu de l’opération , aucun accident général ne si* 
manifesta. Le membre conservait sa coloration et sa température or- 
dinaires. Ce jour, le malade présenta un peu d’agitation; la tumeur 
avait été soulevée très-fortement par quelques accès assez pénibles de 
toux; le pouls était vif et fréquent. M. Dupuytren prescrivit une sai- 
gnée du bras. Dans le milieu de la journée, on s’aperçut que l’appa- 
reil placé sur la plaie du malade était imbibé d’un sang d’un rouge 
vif ; on le leva, on mit la plaie à découvert, et on ne put découvrir 
le point d’où venait l’hémorrhagie. La plaie fut lavée à l’eau froide ; 
l’écoulement de sang s’arrêta. Une nouvelle saignée fut pratiquée au 
bras. La nuit se passa bien. 

Cette hémorrhagie n’eut aucune suite; on évalua à peu près à cinq 
ou six onces la quantité de sang qu’avait perdu le malade. M. Uupuy - 
tren pensa que cette hémorrhagie pouvait provenir d’une rupture faite 
au prolongement de la tumeur anévrysmale sous la clavicule. Le ma- 
lade paraissait fort affaibli. 

Le 18 , la plaie est pansée ; elle présente un bel aspect ; aucun écou- 
lement de sang n’a Heu. Une nouvelle saignée, mais fort peu abon- 
dante, est pratiquée. 

Le 19 , le fond de la plaie paraît tuméfié , comme si la tumeur ané- 
vrysmale avait fait des progrès dans cette direction. Une autre saignée 
d’une palette est ordonnée. 

Les battemens, dans la tumeur située au-dessus de la clavicule, 
sont toujours les mêmes. Jusqu’à présent, la ligature placée sur l’ar- 


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( 88 ) 

tère axillaire n'a produit d’autre effet thérapeutique qu’une diminu- 
tion dans la tumeur. Dans les observations consignées dans l’ouvrage 
publié par Wardrop , on trouve que les battemens dans les tumeurs 
sont loin d’avoir cessé de suite après la ligature. Ce n’est même qu’au 
bout de huit, dix, douze, quinze jours et plus même , qu’il n’en exis- 
tait plus de traces lorsque les cas ont été heureux. 

Le 20 au matin, meme état; le bras conserve sa température; l’en- 
gourdissement est toujours le même. Dans le cours de la journée le 
malade se sentait très-faible ; vers le soir il éprouva un malaise géné- 
ral ; des syncopes se succédèrent ; et , sans avoir présenté aucun sym- 
ptôme remarquable , il expira dans la nuit. Une petite saignée condi- 
tionnelle, qui avait été ordounée par M. Dupuytren ne fut pas pra- 
tiquée. 

Nous ferons observer à cette occasion que depuis les premières at- 
teints de la maladie, avant et après l’opération, treize ou quatorze sai- 
gnées ont été pratiquées au malade. 

Nécropsie le 22. Le bras droit , côté sur lequel l’opération a été pra- 
tiquée, est livide et engorgé; des veines livides nombreuses s’y dessi- 
nent, et l’épiderme se soulève dans plusieurs de ces points. Au mo- 
ment de la mort, l’interne de la salle, qui ne l’avait presque point 
quitté pendant sa maladie , a affirmé que le bras ne présentait aucune 
altération particulière, et que sa température et sa coloration avaient 
toujours été les mêmes. 

Les cavités du crâne et de l’abdomen ne présentèrent rien de parti- 
culier. 

Thorax. La première et la seconde côtes, sur lesquelles la tumeur 
appuyait, avaient été usées , et dans un point même étaient complè- 
tement détruites. Les cavités gauche et droite présentaient un épan- 
chement séro-sanguin très-foncé, de six ou huit onces environ. Le 
cœur est décoloré, flasque, et vide de sang; il est très-volumineux ; 
les parois de ses ventricules sont plutôt amincies qu’hypertrophiées. 

La plèvre qui revêt la partie postérieure du poumon droit est en- 


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( »9 ) 

flammée; de fausses membranes d’une faible épaisseur sont dévelop- 
pées à sa surface. Le poumon , de ce côté , présente plusieurs points 
hépatisés. 

L’aorte, depuis son origine jusqu’à trois travers de doigt au-dessus 
de son passage à travers les piliers du diaphragme, est énormément 
dilatée, et de manière à pouvoir, dans plusieurs points, admettre le 
poing d’un enfant de dix ans. Ses parois offrent une épaisseur extraor- 
dinaire; sa face interne est d’un rouge livide, et présente, dans une 
foule d’endroits, des fongosités, de véritables érosions, et des aspé- 
rités nombreuses provenant d’ossifications très-dures. Cette altération 
profonde des parois de l’aorte cesse brusquement au ventricule. 

Le tronc brachio-céphali r ]ue est sain ; mais son volume est plus 
que doublé ; il égale presque celui de l’aorte dans l’état sain. 

La sous-clavière seule est malade depuis son origine jusqu’à sa ter- 
minaison. La tumeur formée à ses dépens s’étend jusque sous la cla- 
vicule, dépasse en arrière l’artère axillaire, qui se trouve aplatie au- 
devant d’elle dans ce point. En arrière, elle s’étend jusqu’à la fosse 
susépineuse. Néanmoins elle a subi , depuis la ligature, une diminu- 
tion notable dans ce sens et les divers autres suivant lesquels elle s’é- 
tendait pendant la vie. Aucune perforation ne se remarque à la tu- 
meur, et on n’a pu découvrir comment avait été fournie l’hémorrhagie 
que le malade a éprouvée le cinquième jour de l’opération. L’artère 
axillaire n’est point encore coupée par la ligature. La veine a été en- 
tièrement ménagée, ainsi que les nerfs du plexus brachial ; aucun n’a 
été compris dans la ligature; ils sont tous plus ou moins comprimés 
|>ar la tumeur anévrysmale ; un d’eux se trouve confondu dans les 
parois de la tumeur, autour de laquelle se sont formées plusieurs cou- 
ches aux déjpens des parties voisines. 

Réflexions . 

•N 

Ainsi que le fait observer le rédacteur de cette observation , la fin 
malheureuse du malade qui en est le sujet doit être moins attribuée à 

la 


Digitii Dy L.OOQ Le 



( 9 <> ) 

l'opération elle-même qu'aux lésions profondes dont l’aorte , ainsi que 
le poumon droit , étaient le siège. Il n’est pas vraisemblable que les 
saignées nombreuses (dix en huit jours) pratiquées à l’opéré aient 
contribué n déterminer ou à hâter la terminaison funeste de cette ten- 
tative. En beaucoup d’autres circonstances, chez des individus plus 
faibles et plus âgés , les évacuations sanguines ont été impunément 
portées plus loin. Il faut donc accuser de la mort une de ces compli- 
cations occultes troj) fréquentes en chirurgie , et d’autant plus redou- 
tables qu’on ne peut ni les reconnaître d’avance , ni se tenir en garde 
contre elles , ni maîtriser les résultats que leur existence doit néces- 
sairement entraîner. 

Cette observation ne doit par conséquent pas être invoquée davan- 
tage contre la méthode qui nous occupe qu’en sa faveur. Si, d’un côté, 
le malade est mort peu de jours après l’opération , il n’a manifestement 
éprouvé de l’autre, dans l’anévrysme, aucun phénomène qui puisse 
faire penser que la ligature ait exercé sur la tumeur une influence dé- 
favorable. Ce fait laisse dès-lors la question dans le même état qu’au- 
paravant. Il restera seulement dans le souvenir de ceux qui ont assisté 
à l’opération comme un rare exemple de la patience, du sang-froid et 
de l’habileté du chirurgien célèbre qui l’a pratiquée. 


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( 9 » ) 


TROISIÈME PARTIE. 


CONCLUSIONS. 


Sur treize sujets , dont nous possédons les observations circons- 
tanciées et authentiques, la ligature des gros troncs artériels fut 
pratiquée entre les tumeurs anévrysmales et les terminaisons capil- 
laires des vaisseaux affectés, selon la méthode dite de Brasdor. A ces 
faits on peut en ajouter un quatorzième, celui de M. Astley Cooper, 
cité par M. Hodgson (1) , dont nous rapportons textuellement les 
paroles. 

«M. Astley Cooper, dit ce praticien, fut consulté pour un anévrysme 
de l’artère iliaque externe , qui s’étendait dans l’abdomen jusqu’à 
l’iliaque interne, de manière à rendre impossible la ligature de l'ar- 
tère au-dessus de la tumeur. La maladie avait porté en avant la por- 
tion inférieure des muscles abdominaux et du ligament de Poupart. 
La rapidité de ses progrès menaçait la vie du malade ; l’artère fémo- 
rale fut liée entre l’origine de l’artère épigastrique et celle de la pro- 
fonde. Les pulsations persistèrent, mais la tumeur n’augmenta pas de 
volume après l’opération. Les ligatures se séparèrent favorablement; 
l’anévrysme diminua tellement , qu’on espéra que si les choses con- 

(i) A Treatise ou the diseasca of arteries aod veins. 


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( 9 * ) 

ti nu aient ainsi il serait possible de lier l’artère iliaque externe au- 
dessus de la tumeur. Le malade était à la campagne pouf rétablir sà 
santé générale , quand l'anévrysme s’ouvrit au dedans du péritoine, 
et une mort prompte suivit de près l’épanchement du sang dans le 
tissu cellulaire du bassin et du scrotum. » 

Des quatorze faits relatifs à la méthode de Brasdor, recueillis jus- 
qu’à ce jour, quatre se rapportent donc à la ligature de l’origioe de la 
fémorale ou de l’iliaque externe, huit à la ligature de la carotide, 
et deux à la ligature de la sous-clavière ou de l’axillaire. 

Tous les individus de la première série ont succombé. 

Tous ceux de la troisième ont éprouvé le même sort. 

Parmi ceux de la seconde, sur huit, trois ont été guéris, et parmi 
eux nous rangeons le sujet de la cinquième observation , opéré par 
M. Evans , chez lequel effectivement le rétablissement de la santé, 
quoique d’abord incertain, a fini par avoir lieu. 

Quatre opérations ont été faites pour des anévrysmes du tronc 
brachio-céphalique , trois par la ligature de la carotide primitive 
(5*. , 7 *. et 8°. observations de la seconde série) , et une par la liga- 
ture delà sous-clavière ( i re . observation, troisième série). Chez trois 
de ces sujets , la tumeur anévrysmale, après avoir diminué de vo- 
lume au point de disparaître presque entièrement, s’est reproduite 
au bout d’un temps plus ou moins long, et a fait de nouveaux pro- 
grès. Deux des malades ainsi opérés ont succombé, et si le troisième, 
celui de M. Evans encore, n’a pas éprouvé le même sort, il en a du 
moins été fortement menacé. Quant à la femme opérée par M. Key 
( 8*. observation , seconde série ) , bien que la mort puisse paraître due 
à des dispositions insolites, impossibles à prévoir, l’autopsie démontre 
cependant que l’anévrysme était tellement situé, que la ligature ne 
pouvait en faire obtenir la guérison. 

Les cas les plus favorables au succès de la méthode de Brasdor , 
les seuls dans lesquels elle ait réussi jusqu’à présent dans des pro- 
portions suffisantes pour autoriser son emploi ultérieur, sont ceux 
des anévrysmes de l’origine des artères carotides. Ici on compte deux 


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( »3 ) 

succès complets sur trois opérations; et encore, dans le cas de 
M. Lambert (3\ observation, seconde série), la mort doit-elle être 
moins considérée comme le résultat de l’opération , que comme un 
accident fortuit, indépendant de la méthode elle-même. L’anévrysme, 
en effet , n’éprouva que des changemens favorables ; et les hémor- 
rhagies consécutives produites par l’arrivée du sang à travers les 
anastomoses au-dessus de la ligature est un fait insolite qu’on pou- 
vait difficilement prévoir et empêcher. Quant à la première observa- 
tion de cette seconde sérié , l’incertitude qui l’environne doit porter 
à la laisser en dehors de la discussion , de telle sorte que pour les 
anévrysmes de l’origine des carotides les résultats définitifs sont de 
trois succès sur quatre opérations , ou au moins ( en comptant 
comme non succès l’observation de M. Lambert ), de deux sur qua- 
tre , ce qui, dans une maladie nécessairement mortelle, doit être 
considéré comme très-avantageux. 

Une question importante se présente actuellement à la pensée : elle 
consiste à rechercher la cause organique de celte différence si tran- 
chée , si manifeste, entre les résultats obtenus par la ligature de la ca- 
rotide pour des anévrysmes de l’origine de ce vaisseau , et ceux qui 
ont été fournis par la ligature de l’iliaque , de la fémorale , de la sous- 
clavière , de l’axillaire et de la carotide elle-même pour des tumeurs 
développées dans l’aine, dans la fosse iliaque , sur la sous-clavière ou 
au tronc brachio-céphalique. 

Ici les faits justifient pleinement les propositions émises dans la 
première partie de ce travail. 

Les anévrysmes de la région inguinale sont, de toute nécessité, 
placés très-près de l’origine des branches épigastrique, circonflexe 
iliaque , tégumenteuse abdominale , génitales externes et musculaire 
superficielle. Ces branches , rapprochées à leur orgine dans le court 
espace de quelques lignes , doivent nécessairement rester libres en- 
deçà de l’anévrysme toutes les fois que la ligature sera placée au-des- 
sous de lui , entre l’arcade crurale et l’origine de la profonde ; leurs 
calibres réunis ne peuvent que donner lieu à un courant sanguin 


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( 94 ) 

considérable et suffisant , selon toute apparence, pour entretenir dans 
le sac anévrysmal l’agitation et la liquidité du sang. Ce résultat serait 
bien autrement à redouter encore , si la ligature était placée au-des- 
sous de l’origine de l’artère profonde , dont la conservation rendrait 
l’opération plus nuisible qu’utile, en n’apportant dans la circulation 
de la tumeur qu’une gêne capable de déterminer son accroissement , 
sans pouvoir procurer sa guérison. 

11 est à remarquer toutefois qu’une diminution portée très-loin 
dans le volume de la colonne sanguiue, qui trouve une issue entre 
l’anévrysme et la ligature , détermine dans certains cas un retrait pro- 
portionné de la cavité du sac , sans que pour cela il soit à l’abri de se 
rompre ou plutôt de s’ulcérer, et de fournir parla suite une hémor- 
rhagie mortelle : c’est ce qui eut lieu chez le dernier sujet opéré par 
M. Aslley Cooper. L’artère fémorale avait en effet été liée au-dessous 
«le l’origine des artères épigastrique et circonflexe iliaque ; un filet 
de sang continua dès-lors à traverser le sac pour se rendre à ces vais- 
seaux , ce qui empêcha le liquide de rester en repos et de se coaguler 
dans la tumeur. Après la ligature , le sang fut transmis avec plus de 
facilité par l’iliaque interne que par les deux branches restées libres 
au-dessous de l’anévrysme , et le resserrement du sac fut la consé- 
quence de .la diminution du filetde sang qui le traversait , absolument 
comme on l’observe lorsqu’un faible courant sanguin parvient en- 
core à la tumeur après la ligature de l’artère, selon la méthode 
d ' Anel. Ce phénomène,, à la suite de l’opération de Brasdor, d onn e 
au chirurgien et au malade des espérances de succès que le temps ne 
tarde pas à dissiper,, et contre lesquelles il importe de se pré- 
munir. 

Pour que la ligature -au-dessous de la tumeur réussit à la .ré- 
gion .inguinale,. il faudrait que la ligature pût être portée au-dessus 
du ligament de Poupart et de l’origine de l’artère épigastrique ; alors 
aucuue branche n’existant entre la tumeur et la ligature, en m é m * 
temps que l’iliaque interne servirait de canal de dérivatioo à la co- 
lonne sauguiue , on aurait une disposition semblable à celle que peé- 


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(95 ) 

sente la carotide primitive lorsque l’anévrysme est placé à son origine 
et qne la sous-clavière est restée accessible au sang. 

La ligature isolée delà carotide primitive ou de la sous-clavière, 
dans les cas d’anévrysme du tronc brachio-céphalique, ne saurait 
presque jamais réussir. Quelle que soit celle de ces deux grandes ra- 
mifications qu’on oblitère , l’autre restera libre et entretiendra cer- 
tainement , avec la perméabilité du tronc commun , l’agitation et la 
liquidité du sang dans l'anévrysme qu’il supporte. Le calibre de l’in- 
nominée pourra bien , à la suite de l’opération , devenir moins con- 
sidérable; l'anévrysme pourra , par la même raison , s’affaisser et 
diminuer de volume ; mats à mesui e que, par la dilatation de la bran- 
che restée libre et par l’élargissement des anastomoses, la circulation 
se rétablira dans les parties où se distribuait le vaisseau oblitéré , les 
dispositions morbides reparaîtront , la maladie recommencera ses 
progrès , et les dangers qu’on aura pu croire conjurés menaceront de 
nouveau le sujet. 

Deux des faits rapportés plus haut justifient ces prévisions. Ira-t-ou 
lier à la fois , ou à peu de jours d’intervalle , les deux artères caro- 
tide primitive et sous-clavière? Cette double opération , qui, relative- 
ment à la tumeur, serait sans doute le mieux indiquée, présente quel- 
que chose d'effrayant, à raison des craintes qu’elle ne peut manquer 
de faire naître relativement à la nutrition du bras droit. Et , encore 
qu’elle présente le plus de chances favorables pour oblitérer à la fois 
et le tronc innomme et la tumeur anévrysmale dont il est le siège, il 
ne faudrait pas encore s’abandonner trop à cet espoir, à raison de 
, l’origine de l’intercostale supérieure, de la vertébrale, de la mammaire 
interne , et même de la thyroïdienne inférieure , qui naissent de la sous- 
clavière en dedans des scalènes et trop près de l’innominée pour qu’on 
puisse être certaiu de no pu* les laisser entre la ligature et la tumeur. 
Dans ee cas , elles pourraient encore entretenir un faible courant san- 
guin dans l’anévrysme et s’opposer à son oblitération. 

Si, malgré les considérations précédentes , on croyait cependant 
pouvoir ne lier qu’une des deux branches nées du tronc brachie-cé- 


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( 96 ) 

phalique, il faudrait, selon nous, placer la ligature plutôt sur la 
carotide que sur la sous-clavière, ainsi que l’ont fait, avec raison, les 
auteurs de la cinquième et de la septième observation de la seconde 
série. La raison de ce conseil est que , après la ligature de la carotide 
droite , ce vaisseau sera supplée par la carotide gauche, qui n’a pas de 
connexion avec l’innominée; tandis qu’après la ligature de la sous- 
clavière droite la nutrition du bras droit nécessitera la dilatation de 
la carotide correspondante, et, par suite, le passage par le tronc bra- 
ehio-céphalique d’une quantité de sang à peu-près aussi considérable 
qu’avant l’opération. 

Quant à la ligature de l’axillaire pour des anévrysmes de la sous- 
clavière , cette opération nous semble aussi hasardeuse au moins que 
celle de la fémorale au-dessous du ligament de Fallope. Gomme dans 
ce dernier cas , on ne peut, en effet , manquer de laisser entre la tu- 
meur et le point lié un nombre de branches artérielles assez considé- 
rable pour entretenir largement la circulation dans la tumeur et s’op- 
poser à son oblitération. Le fait unique de ce genre que l’art possède 
est loin d’étre favorable à celte opération ce qu’on peut dire de plus 
à la louange de celle-ci , c’est quelle n’a pas exercé d’influence fâcheuse 
sur la maladie , cl qu’elle a laissé la chose dans le même état qu’au - 
paravant. La tumeur n’augmenta ni ne diminua de volume, et le ma- 
lade mourut comme il l’aurait fait sans doute à la suite de toute 
autre opération assez grave pour troubler fortement son organisation 
et jeter le désordre dans les parties les plus importantes à la vie, qui 
avaient déjà subi des profondes altérations. 

Lorsque dans les cas d’anévrysme de l’origine de la carotide la li- 
gature est placée au-dessus de la tumeur, elle convertit toute l’éten- 
due du vaisseau comprise entre elle et le tronc brachio-céphalique , à 
droite, ou l'aorte à gauche, en un cul-de-sac sans issue supérieure, 
dans lequel le sang doit nécessairement s’arrêter , demeurer en re- 
pos, et se transformer en caillot. C’est effectivement ce qui eût lieu 
chez les sujets sur lesquels cette opération fut pratiquée , et si deux 
d'entr’eux éprouvèrent par la plaie de l’opération des hémorrhagies 


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( 97 ) 

consécutives , cet accident ne doit pas être imputé à l’absence d’un 
travail fevorable opéré dans l’anévrysme, puisque le sang qui s’écoula 
provenait non-directement du cœur et de bas en haut , mais des anas- 
tomoses supérieures et de haut en bas. Nous le répétons avec une 
confiance entière, ces cas d’anévrysme de l’origine de la carotide sont 
ceux qui se prêtent le mieux à l’emploi de la méthode de Bratdor, 
et peut-être les seuls à l’occasion desquels cette méthode puisse être 
employée avec des probabilités notables de succès. 

11 suffirait sans doute, à la rigueur, des observations rapportées 
précédemment et du résumé impartial que nous en présentons ici , 
pour résoudre la question relative aux avantages et aux inconvéniens 
que présente l’opération de Bratdor , remise en honneur par M. War- 
drop. Mais plusieurs compatriotes de ce dernier n’ont épargné à son 
heureuse tentative aucune objection, n’ont négligé aucun effort pour 
repousser l’exemple qu’il a donué , se réservant peut-être , si l’expé- 
rience sanctionnait la justesse des préceptes qu’il a établis , de déco- 
rer l’opération nouvelle du nom de méthode de Wardrop , comme ils 
ont jadis donné le nom de méthode de Huntkb â l'opération d 'Anel et 
de Desault. 

Quoiqu’il en soit, M. Sham , dans une leçon clinique longuement 
rapportée par le medical and chirurgical Journal de Londres , tome 
47 * page 5og , se borne è établir que dès long-temps il a fixé son 
attention , ainsi que celle de ses élèves , sur la méthode de Bratdor, 
et qu’il s’est occupé de l’analyse des cas dans lesquels elle fut mise en 
usage. Il retrace â ce sujet l’histoire d’un homme atteint d’anévrysme 
du tronc brachio-céphalique , qu’il croyait dans des circonstances 
défavorables à l’emploi de la méthode nouvelle, et que des manœuvres 
clandestines ont eu pour effet d’éloigner de lui (i). Cette polémique 
affligeante démontre seulement que dans tous les , pays les passions 
envieuses trouvent des esprits disposés à suivre leurs inspirations , et 


(i) fl S*«git ici de Gordon , dont l’histoire est rapportée fort en abrégé précé 
déminent, et qni fat communiquée par H. Makelcan A M. Wardrop. 

l5 


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(9«) 

à se Ha rer aux viles manœuvres qu’elles suggèrent. L’art ne saurait 
tirer aucun fruit utile de si tristes'débats. 

Les rédacteurs du médical and surgical Journal d’Edimbourg 
( vol. 34 , p. 365 ) , assimilent l’opération de Bratdor et de M. 
W ardrop à celle qui serait pratiquée sur une artère blessée en appli- 
quant une ligature au-dessous de la plaie faite à ses parois. « Nous le 
demandons , disent-ils , quel serait l’effet d’une ligature placée sur 
une artère blessée au-dessous de la plaie faite à ses parois , et ce qu’on 
dirait d’une pareille expérience , tentée pour obtenir la réunion des 
tuniques vasculaires divisées ? Il ne suffit pas de répondre , conti- 
nuent les écrivains dont nous reproduisons l’opinion , que les cas ne 
sont point identiques , et que ce qui serait nuisible pour une artère 
blessée pourrait convenir contre un anévrysme. Nous affirmons, sans 
la moindre crainte d'être démentis , qu’une artère blessée et une ar- 
tère anévrysmalique sont dans des circonstances absolument sem- 
blables ; dans les deux cas , les tuniques du vaisseau sont , sur un 
point déterminé, affaiblies et incapables de remplir leurs fonctions 
comme parois destinées à contenir et à diriger le sang. > Cette 
doctrine, nous ne craignons pas non plus de l’affirmer, est erronée 
pour tous les cas au moins dans lesquels la tumeur anévrysmale sur- 
ajoutée â un canal artériel présente encore des parois solides et ré- 
sistantes. S’il est vrai qu’une ligature placée sur une artère provoque 
la formation d’un caillot, qui s’étend depuis l’endroit où elle est ap- 
pliquée jusqu'à la naissance de la branche collatérale la plus voisine 
du côté du cœur , il est évident que ce caillot devra se former 
dans l’anévrysme situé sur un point quelconque de ce trajet , comme , 
dans le conduit normal de l’artère elle-même. 

Mais , dit-on , en Angleterre encore , les anévrysmes ne s’obUtèrent 
et le sang ne se solidifie dans leur cavité qu’à raison de l’inflamma- 
tion que la ligature y provoque ; sans cette phlogose le liquide arté- 
riel ne se coagule pas, la lymphe plastique n’est point déposée sur 
les parois de la tumeur et la guérison ne saurait s’opérer. Ce raison- 
nement est , dans son application trop générale et trop exclusive , en 


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( 99 ) 

contradiction directe' avec les faits. Si , après l’application de la mé- 
thode d ’Anel , quelques anévrysmes persistent et ne guérissent pas t 
on en trouve la cause , non dans l’absence d’une inflammation que 
le point éloigné sur lequel la ligature est placée rend difficile à se 
produire, mais dans l’abord du sang ramené jusqu’à l’anévrysme, 
soit par les artères situées entre la ligature et les tumeurs , soit à 
faide des branches placées au-dessus de celles-ci , et qui s’alimentent 
par un mouvement rétrograde dans le tronc principal. De là , la né- 
cessité de revenir sur l’opération et de placer des ligatures très-près 
du sac et au-dessus ainsi qu’au-dessous de lui , double opération , 
qui ne manque pas de réussir lorsque des accidens insolites et im- 
possible» à prévoir, ne viennent pas contrarier les efforts du chirur- 
gien. 

Un degré léger d’excitation et de phlogose est peut-être utile pour 
déterminer l’absorption de la partie liquide du sang renfermé dan» 
une tumeur anévrysmale , après la ligature de l’artère pratiquée par 
quelque méthode que ce sort ; mais celte phlogose ne produirait pro- 
bablement pas l’effet heureux qu’on en attend, si d'abord le liquide, 
écarté de sa route normale , n’était arrêté dans sa marche et aban- 
donné aux réactions physiques et organiques susceptibles de produire 
sa coagulation. 11 y a plus , toutes les fois que cette phlogose devient 
trop violente, if en résulte une suppuration profonde du sac, son 
ulcération et l’expulsion du sang épanché, mêlé au pus secrété. Quel- 
quefois même une hémorrhagie a lieu par cette voie , et nécessite 
l’emploi d’autres ligatures plus convenablement placées. 

Ces réflexions nous conduisent naturellement aux objections faites 
par M. Guthrie (î), à la méthode de Brasdor t M. Guthrie in- 
siste beaucoup sur l’inflammation que déterminent les ligatures 
dans les vaisseaux artériels, et sur le danger que l’on fait courir 
au malade toutes les fois que ces ligatures sont placées sur des 


(i) Ou dits disease* aud injuries of arteries. 


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( »O0 ) 

troncs artériels très-rapprochés du cœur. Alors, selon le praticien 
anglais , on est exposé à voir l’irritation et la phlogose développées 
à l’occasion de la constriction artérielle s’étendre non - seulement 
jusqu’au sac , dont elles provoquent l’oblitération , mais dépasser 
cette cavité , se prolonger à l’organe central de la circulation . et 
déterminer des accidens graves ou même la mort du sujet. Toutes 
les objections de M. Guthrie se réduisent à cette possibilité de voir 
les malades succomber à des cardites ou à des péricardites occa- 
sionées par la ligature , et il faut convenir que plusieurs sujets sont 
morts par suite de ces redoutables affections. 

Mais , d’une part , toutes les lois que des anévrysmes spontanés 
existent dans le système artériel , et surtout sur les troncs les plus 
rapprochés du cœur , on doit penser que l’aorte et le cœur lui-méme 
sont plus ou moins profondément atteints de l’inflammation dont la 
tumeur elle-même n’est qu’un des résultats. Les ouvertures des ca- 
davres et les observations faites sur la coexistence d’anévrysmes plus 
ou moins nombreux justifient celte proposition. 

En second lieu, la ligature placée au-delà de l’anévrysme n’expose 
pas plus que celle placée entre le sac et le cœur à la propagation de 
l’irritation développée par elle jusqu’au centre circulatoire. L’objec- 
tion déduite du voisinage de ce dernier ne porte pas davan- 
tage sur la méthode de Brasdor que sur celle d 'Anel modifiée par 
Hunter. Qu’entre la ligature etle cœur existe ou non l’anévrysme, on 
ne voit pas pourquoi la cardite ou l’aortite seraient plus imminentes 
et. plus à redouter. 

Il résulte de là que , si dans les cas d’anévrysmes très-rapprochés 
du cœur , et de leur nature inévitablement mortels par leurs progrès 
successifs , on n’hésite pas à mettre en usage la ligature d ’ Anel toutes 
les fois quelle est applicable; on ne doit pas davantage, par la crainte 
de l’inflammation, redouter d’employer la méthode de Brasdor et de 
M. W ardrop. Il ne saurait y avoir plus de danger sous le rapport de 
la cardite , de la péricardite ou de l’aortite , dans un cas que dans 
l’autre. 


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( loi ) 

La remarque de M. Guthrie , toutefois , ne doit pas être perdue 
pour la pratique; elle est justifiée par les faits , en ce sens que plu- 
sieurs sujets , sur lesquels la carotide primitive ou la sous-clavière et 
l’axillaire ont été liées , soit en-deçà ou au-delà de tumeurs anévrys- 
males plus ou moins considérables , sont morts d’inflammation du 
cœur ou de ses dépendances. Le trouble apporté dans la circulation , 
par suite de la ligature , et la constrictiou elle-même du vaisseau ont 
sans doute contribué à produire ce résultat funeste , qu’il importe , 
en chirurgie pratique , de s’attacher à prévenir ou à combattre avec 
avantage. 

Dans les cas d’anévrvsme de l’origine de la carotide , et dans ceux 
de la sous-clavière ou de l’iliaque externe , où la ligature par la mé- 
thode de Brasdor semblera applicable , on ne devra donc pas , par 
la crainte vague de la possibilité d’une extension fatale de l’irritation, 
jusqu’à l’aorte, au cœur ou à ses enveloppes, s’abstenir de cette 
opération. Mais il importe d’explorer avec une scrupuleuse attention 
le centre circulatoire et le tronc aortique , afin de saisir tous les phé- 
nomènes d’irritation qu’ils peuvent présenter , et de faire précéder 
l’opération d’un traitement antiphlogistique et calmant susceptible 
d’en préparer le succès. Après la ligature pratiquée, il importera 
encore de surveiller avec un attentive sollicitude le cœur et ses dé- 
pendances , et de mettre en usage tous les moyens internes , médici- 
naux ou hygiéniques , susceptibles de faire avorter dès leur naissance , 
ou d’arrêter; dans leurs progrès dangereux , l’irritation et la phlogose, 
dont la ligature pourrait devenir la cause occasionelle. C’est en agis- 
sant ainsi, c’est en combinant avec habileté les ressources de la mé- 
decine interne avec les opérations de la chirurgie , que le praticien 
assure à l’art qu’il cultive ses plus beaux triomphes.- Entourée de ces 
précautions , et pour les cas indiqués plus haut , la méthode de 
Brasdor nous semble offrir à la pratique chirurgicale une ressource de 
plus, une arme jusqu’à présent ignorée ou méconnue, quelle peut 
mettre en usage , non comme un moyen assuré de guérison , mais 


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( 10a ) 

comme une opération entourée d’assez de probabilités de succès pour 
qu’on doive en tenter l’emploi. 

En résumé , nous considérons la méthode de Brasdor comme ap- 
plicable : 

i*. Contre les anévrysmes de l’origine de la carotide primitive , le 
tronc brachio-céphalique et la sous-clavière étant intactes. 

a*. Contre les anévrysmes de l'iliaque externe , en ayant l’attention 
de placer la ligature au-dessus de l'épigastrique et des autres artères 
fournies par la fin de ce vaisseau ainsi que par l’origine de la fémo- 
rale, l’iliaque interne étant également intacte au-dessus de la tu- 
meur. 

Elle convient beaucoup moins , et il est douteux qu’elle réussisse 
dans les anévrysmes du tronc brachio-céphalique , de la sous clavière 
et même de l’iliaque externe , lorsque , dans ce dernier cas , la liga- 
ture est placée au-dessous du ligament de Poupart , et de l’origine 
des branches épigastrique, circonflexe iliaque, tégumenteuse de 
l’abdomen et génitales externes. 

Pourrait-on , en suivant l’idée spécieuse de Monteggia , favoriser , 
dans l’opération qui nous occupe , la solidification du sang au mi- 
lieu de la tumeur anévrysmale , en y injectant , par la partie infé- 
rieure de l’artère , un liquide coagulant de l’albumine et de la fibrine , 
avant de pratiquer la ligature du vaisseau (1)? C'ést à l’expérience, 
qui est aujourd’hui cultivée avec tant d’ardeur , à résoudre cette 
question. 


(t) Monteggia, Iustituzioai «hirurgicbe, edizione seconda. Milano, i8i5 ; 
tomo a, pagina »»4- 


FIN. 


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( >° 3 ) 


HIPPOCRATIS APHOR1SM1 
(e dente Pakisit). 

I. 

Morborum acutorum non omninô tutæ sunl predictiones, nequc 
mortu, neque sanitatis. Sect. a, aph. 19 . 

II. 

Duobus doloribus simili obortis , non in eodein loco , vehementior 
obscurat alterum. Ibid., aph. 46. 

III. 

Si quis sanguinem et pus mingat , et squammas , et odor gravis 
sit, vesicæ exulcerationem significat. Sect. 4» aph. 81 . 

IV. 

Sanguine multo efiuso , convulsio auf singultus superveniens, ma- 
lum. Sect. 5, aph. 3. 

Y. 

Qui sanguinem spumosum exspuunt, his ex puhnone talis rejectio 
fit. I bid. , aph. 1 3. 

VI. 

Si magnis et p ravis existentibus vulneribus , tuniores non appa- 
reant, ingens malum. Ibid., aph . 66 . 


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